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(Interview Yonhap) Jean-Vincent Placé : «Je me suis réconcilié à la fois avec la Corée et moi-même»

Actualités 17.07.2015 à 08h40

SEOUL, 17 juil. (Yonhap) -- A l'occasion de la sortie de son livre «Pourquoi pas moi !» (Editions Plon) écrit avec Rodolphe Geisler, Jean-Vincent Placé, sénateur d'origine coréenne de l’Essonne et président du groupe Europe Ecologie Les Verts au Sénat français, a accordé le 9 juillet à Paris une interview à l'agence Yonhap.

A travers cet entretien, l'homme politique français confie qu'il a grandi loin de la Corée géographiquement et sentimentalement mais qu'il est aujourd'hui «réconcilié» avec son pays natal et sa conscience, en grande partie grâce à sa petite fille qui occupe désormais une place essentielle dans sa vie.

«Je suis devenu père il y a un peu moins de deux ans. Un heureux bouleversement. [...] Pour ma fille, pour l'écologie, [...] je me suis résolu à dire la part de vérité qui est la mienne. Après tout : pourquoi pas moi ?», écrit-il dans son ouvrage. A Yonhap, le sénateur ne cache pas ses ambitions ministérielles que tant de Français soupçonnent.

Dans son livre qu'il projette de faire traduire en coréen, le leader écologiste se confie sur la méritocratie, son amour pour la France, l'assimilation à la société française, son adoption et son retour émouvant en Corée et à l'orphelinat, des points sur lesquels il a accepté de s'étendre à nouveau ouvertement.

- Vous avez publié une autobiographie dont le titre est «Pourquoi pas moi !». Pouvez-vous expliquer ce titre ?

▲ C’est un titre que j’ai voulu offensif par rapport à certaines critiques que l’on peut faire sur un parcours comme le mien, un parcours que j’ai décrit dans le livre, un parcours d’intégration et d’assimilation à la France, un parcours très engagé depuis longtemps dans la vie politique, un parcours qui assume sa part d’ambition et son engagement dans la sincérité des idées écologistes. C’est en ce sens là que j’ai assumé de dire «Pourquoi pas moi !»

Je pense aussi qu’il y a beaucoup de jeunes issus de l’intégration et de l’assimilation qui se posent toujours des questions par rapport à la difficulté d’intégration en France. Nous avons le visage que nous avons. Il était important de dire que nous aussi qui venons de l’étranger pouvons assumer l’ambition de faire partie de ceux qui ont des responsabilités dans ce pays.

- Avez-vous écrit «Pourquoi pas moi !» pour devenir ministre ?

▲ Je sais qu’on me prête ce type d’ambition. Je les assume mais ce n’est pas non plus une obsession. L’ambition, c’est sain. C’est ça qui permet de se projeter, de se dynamiser et d’avancer dans la vie. C’est important de pouvoir progresser dans la vie.

- Vous avez écrit dans ce livre que, à 25 ans, vous vous êtes donné comme but de devenir député avant 40 ans. Vous êtes devenu sénateur à 43 ans...

▲ Je pense pouvoir être utile et exercer des responsabilités, notamment ministérielles. Aujourd’hui, je suis totalement comblé en tant que président du groupe parlementaire écologiste en France. Il s’avère que je suis le premier président d’un groupe parlementaire écologiste de la République française. Il n’y a jamais eu de groupe parlementaire écologiste avant celui que j’ai créé ici. C’est pour moi une responsabilité que je trouve passionnante.

- Sur la couverture du livre, il y a deux photos. Celle de l’orphelin et celle de vous aujourd’hui. Faut-il voir un message dans cette juxtaposition ?

▲ Cela montre l’évolution de quelqu’un qui est arrivé en France à sept ans après plusieurs années d’orphelinat, qui s’est intégré totalement à la France, à la République et qui à un moment a rejeté un peu la relation avec son pays de naissance. J’ai eu la chance de pouvoir retourner en Corée il y a seulement quatre ans. En 36 ans, je n’y étais pas retourné. Je me suis réconcilié à la fois avec la Corée et moi-même. C’est-à-dire, j’ai retrouvé une forme d’harmonie entre mon parcours français et mon parcours coréen.

La photo de moi petit représente le parcours difficile et de solitude même si j’ai eu la chance de me retrouver dans un orphelinat avec des femmes remarquables. L’autre photo montre la chance que la France m’a donnée, de pouvoir me construire et de devenir ce que je suis devenu. C’est ça le message que j’ai voulu adresser avec les photos. Aujourd’hui, j’ai le bonheur d’avoir une petite fille de 20 mois. C’est aussi pour ça que j’ai pu me réconcilier avec mon pays d’origine et mes parcours différents.

- Vous êtes né en Corée mais vous avez été élevé en France. Vous vous sentez français. Lors de votre visite en Corée en 2011, vous avez été accueilli chaleureusement. Comment avez-vous vécu ce moment ?

▲ Avant de prendre l’avion, j’ai eu une appréhension. Dans l’avion, j’ai eu une vraie réflexion, une attente de retrouver mon pays natal. Mais je dois dire que le séjour que j’ai effectué a été extraordinaire grâce à un accueil formidable des pouvoirs publics coréens et des visites très intéressantes tant à Séoul qu’à proximité. J’ai découvert à ce moment là l’importance du développement économique, de l’aménagement urbain de Séoul. Je suis très admiratif de ce que le peuple coréen à réussi à faire, notamment construire une société solide sur des valeurs.

J’ai eu des rencontres très intéressantes avec diverses personnalités. J’ai redécouvert la gastronomie coréenne. Donc, maintenant, je vais régulièrement manger coréen à Paris. Et il y a aussi eu le moment émouvant du retour à l’orphelinat. Il y avait notamment une personne qui était là quand je suis parti, une femme très dévouée et très généreuse. Je suis retourné en Corée plusieurs fois, avec Jean-Pierre Bel (alors président du Sénat) et Emmanuel Macron (ministre de l'Economie). J’ai eu l’honneur d’être présenté à la Maison-Bleue, à la présidente Park (Geun-hye).

- Le député (ex-UMP) Alain Marleix vous a traité de «Coréen national». Avez-vous beaucoup souffert du racisme dans la vie politique française ?

▲ Non, pas vraiment car je me suis toujours revendiqué comme français. Je n’ai jamais cherché à faire valoir la diversité ou les quotas. J’ai toujours essayé de réussir par mon propre mérite. C’est pour ça que j’ai été très choqué et blessé par ses propos. Bien sûr, il n’y a rien de choquant à être coréen mais je suis français de nationalité. Cela montre qu’il y a chez des gens de droite comme M. Marleix une réticence à admettre dans la communauté nationale des gens qui n’ont pas le physique des «Français traditionnels».

- Marine Le Pen, la présidente du Front national, parle beaucoup d’immigration comme une menace. Que pensez-vous de son discours ?

▲ Il est vrai que, aujourd’hui, le modèle d’intégration de la France rencontre des difficultés, pour des raisons économiques et sociales. Mais ces questions ne doivent pas nous tourner vers l’enfermement. Au contraire, je pense qu’il est très important qu’on continue à ouvrir le pays à des personnes qui apportent à la communauté nationale. Il faut aussi un échange entre ceux qui reçoivent et ceux qui viennent.

- Vous êtes écologiste. Le gouvernement sud-coréen a récemment annoncé la construction de deux nouvelles centrales nucléaires et le Japon a redémarré ses activités nucléaires. Quelle est votre position sur le sujet ?

▲ En tant qu’écologiste, j’ai la volonté d’essayer de développer au maximum les énergies renouvelables, le solaire, le photovoltaïque, les éoliennes, la géothermie, l’hydraulique, etc. Ce sont des énergies d’avenir car elles ne coûtent pas cher à l’inverse des énergies fossiles qu’il faut importer. Le nucléaire est une réponse française, japonaise et aussi coréenne pour tenter de trouver une indépendance énergétique.

Mais le nucléaire est dangereux pour la sécurité et il n’y a pas vraiment d’indépendance car de toute façon il faut acheter l’uranium. En plus, les coûts du nucléaire augmentent de plus en plus vite. Je pense que c’est une erreur stratégique de tout mettre dans le nucléaire. C’est pour ça que la France souhaite réduire la part du nucléaire de 75 à 50%.

- Pour finir, quelques mots sur les écologistes coréens ?

▲ Quand je suis allé en Corée en 2011, j’ai participé au lancement du parti vert coréen. Il y a là-bas une vie associative et des ONG assez efficaces sur la question de l’environnement. En plus, dans la société coréenne, il y a une étroite relation avec la nature.

Xavier Baldeyrou avec Park Sung-jin à Paris

(FIN)

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