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Le retour en Corée du 1er livre imprimé au monde de la BNF «paraît inévitable»

Actualités 13.10.2015 à 17h04

CHEONGJU, 13 oct. (Yonhap) -- Le plus ancien livre au monde imprimé avec des caractères mobiles en métal, «Jikji», a vu le jour en 1377 durant la dynastie Goryeo (475-1392), dans la péninsule coréenne, devançant de 78 ans l’impression de la Bible par Johannes Gutenberg en Europe, et ce livre est actuellement conservé à la Bibliothèque nationale de France (BNF).

Aujourd’hui, un professeur français d’histoire économique de l’université Paris-Sorbonne (Paris IV), Dominique Barjot, a noté dans une conférence internationale sur Jikji tenue ce mardi à Cheongju que «l’issue paraît inévitable car cela est conforme au droit international, un retour de l’original en Corée du Sud, aujourd’hui parfaitement armée pour accueillir et conserver le livre Jikji».

Le retour de ce premier livre imprimé au monde a été contesté avec virulence, notamment par les conservateurs de la BNF qui insistent sur leurs «capacités supérieures en matière de conservation des documents». Jikji est un recueil de leçons de philosophie bouddhique, appelé «Baekun hwasang chorok buljo jikji simche yojeol» (Ahthologie des enseignements des grands moines bouddhistes). Le premier diplomate français nommé en Corée il y a 130 ans, Victor Collin de Plancy en avait fait l’acquisition.

Lors d’une conférence fêtant la découverte du site archéologique du temple Heungdeok à Cheongju en 1985, le lieu de la réalisation de Jikji, le professeur de la Sorbonne a indiqué qu’«en 1972, ce volume fut présenté à Paris durant l’Année internationale du livre, en attirant pour la première fois vers lui l’intérêt du monde. A cette date, il avait été admis qu’il s’agissait du plus ancien imprimé typographique à base de caractères mobiles en métal».

En fait, ce premier livre imprimé avec des caractères en métal avait été identifié par une Coréenne qui travaillait à la BNF depuis 1967, la défunt docteur Park Byeng-sen. C’est elle qui avait présenté Jikji à l’Année internationale du livre à Paris pour que ce livre puisse avoir une reconnaissance mondiale comme premier livre imprimé à base de caractères mobiles en métal.

Park a été la première femme coréenne à avoir obtenu un visa étudiant de la France en 1955. Plus tard, elle a achevé un doctorat d’histoire à la Sorbonne. A part Jikji, elle a aussi fait connaître les traces des protocoles de la famille royale de la dynastie Joseon (1392-1910), «Uigwe», en 1975, qui avaient été longuement oubliés dans le fonds chinois de la BNF. Le rapatriement de la totalité des 297 volumes dérobés par le contre-amiral Pierre-Gustave Roze en 1866 sous forme d'un prêt renouvelable tous les cinq ans a été décidé à Séoul lors d’un sommet entre Nicolas Sarkozy et Lee Myung-bak en 2010.

Sur la question du rapatriement de Jikji, il demeure encore des différends entre les deux pays comme le dit le professeur Barjot : «Pour la France, Jikji appartient à l’héritage mondial de l’humanité et donc à ce titre, il n’est la propriété d’aucun pays.»

D’après ses explications, «l’élément clé du contentieux réside dans la contradiction entre deux définitions de l’héritage culturel mondial». La Convention de La Haye de 1954 privilégie le caractère mondial tandis que celle de 1970 interdisant les importations et exportations de biens culturels «a pour objectif premier la défense de l’identité culturelle de chaque nation».

Alors, en septembre 2001, le livre Jikji et les Uigwe ont été inscrits dans le Registre Mémoire du monde de l’Unesco. Sur ce contentieux, Barjot a détaillé dans son rapport à la conférence que «s’est alors engagé un débat juridique avec la France sur la question du retour à la Corée de son patrimoine. Il s’est notamment développé autour de la distinction entre patrimoine national et patrimoine mondial», en concluant que «dans ce débat, l’issue (d’un retour) est inévitable».

La conférence d’aujourd’hui a été organisée par le Musée de l’imprimerie ancienne de Cheongju et a vu la présence d’experts coréens, japonais et français pour discuter de l’influence de la technologie en matière d’imprimerie entre le monde occidental et l’Asie durant l’ère de Jikji et Gutenberg. Côté français, le professeur Barjot est intervenu sur le sujet «Jikji comme trésor du patrimoine mondial», ainsi qu’un enseignant de la Haute Ecole des arts du Rhin à Strasbourg, Olivier Deloignon, pour «Un double "accident typographique" sur les techniques prototypographiques occidentales».

jhoh@yna.co.kr

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