Go to Contents Go to Navigation

(FOCUS) L'immigration grandissante pousse la Corée du Sud vers la diversité

Actualités 11.05.2016 à 09h20

SEOUL, 11 mai (Yonhap) -- Le nombre de résidents étrangers en Corée du Sud atteindra bientôt la barre des 2 millions, poussant ainsi la Corée du Sud, traditionnellement conservatrice, vers la diversité.

En mars, 1,94 million d'étrangers vivaient en Corée du Sud, soit quatre fois plus qu'en 2000, ont montré des données du ministère de la Justice. La plus importante augmentation a été observée chez les résidents de longue date, qui représentent environ 75% de tous les étrangers, en hausse de 30 points de pourcentage par rapport à 2002.

Les mariages internationaux et l'embauche de travailleurs étrangers ont été les moteurs de cette croissance. L'an dernier, 305.000 étrangers vivaient en Corée du Sud grâce à un visa sponsorisé par leur conjoint, un nombre qui a doublé en seulement cinq ans. Séoul a commencé à inciter les hommes célibataires à épouser des étrangères dans les années 1990 afin de soutenir l'industrie agricole du pays (les paysans sud-coréens ayant du mal à trouver une épouse), suite à quoi ces unions ont quadruplé entre 2000 et 2005. Cette tendance s'est arrêtée brutalement en 2011, quand le ministère de la Justice a renforcé la réglementation sur ces mariages pour lutter contre la fraude en matière d'immigration et contre la violence domestique dans ces ménages.

L'emploi des étrangers a cependant augmenté de façon constante au cours des dernières années. Il y avait 938.000 travailleurs étrangers en Corée du Sud en mai 2015, en hausse de 20% comparativement à 2012, année où ces données ont été recueillies pour la première fois. Les entreprises sud-coréennes ont commencé à embaucher des immigrés dans les années 1980 afin d'assurer un approvisionnement régulier en travailleurs dans les industries émergentes. Le gouvernement s'est impliqué dans le processus en 1993 en créant un programme de formation pour les travailleurs étrangers s'apprêtant à rejoindre des entreprises sud-coréennes. En 2002, près de 160.000 personnes avaient bénéficié de ce programme. Deux ans plus tard, Séoul obligea les employeurs à assurer l'égalité des droits entre leurs employés sud-coréens et étrangers.

En raison de la proximité géographique de la Corée du Sud et de la Chine, les Chinois d'origine coréenne représentent un étranger sur trois en Corée du Sud, soit 630.000 personnes. Ils sont plus nombreux à s’installer en Corée du Sud depuis que le pays a institué en 1999 un cadre légal pour leur emploi. Leur venue en Corée du Sud a été à nouveau facilitée en 2007, lorsque Séoul a créé un visa «visite-travail» (H-2) pour les Chinois d'origine coréenne, y compris pour ceux qui n'ont pas de famille en Corée du Sud.

Le boom de la culture pop coréenne à travers le monde a aussi attiré un nombre croissant d'étudiants étrangers en Corée du Sud. Entre 2011 et mars de cette année, leur nombre a augmenté de 20% à 106.138 personnes, selon le ministère de la Justice.

De nombreux étrangers ont fait connaître leur nom au pays du Matin-Calme. Dans les années 1990, l'avocat naturalisé sud-coréen Robert Holley et la Française Ida Daussy sont devenus des personnalités à la télévision. Lee Charm, un entrepreneur d'origine allemande, a occupé le rang le plus élevé dans la fonction publique pour une personne d'origine étrangère en prenant la tête de l'Office du tourisme coréen (KTO) en 2009. Jasmin Lee, des Philippines, est devenue en 2012 la première députée d'origine étrangère en Corée du Sud .

Cette augmentation s'est naturellement traduite par une hausse des ménages dits «multiculturels». Environ 1,3% des ménages du pays étaient multiculturels en 2015, soit 278.036 ménages, selon le ministère de l’Egalité hommes-femmes et de la Famille. Vu qu'un ménage se compose en moyenne de 3,16 personnes, environ 880.000 personnes faisaient partie d'une famille multiculturelle l'année dernière.

Les défis demeurent pour les étrangers vivant en Corée du Sud. La politique du gouvernement s'est jusqu'alors focalisée sur les conjoints étrangers, alors que le profil de l'étranger dans le pays s'est diversifié. Les programmes gouvernementaux se chevauchent parfois d'un ministère à l'autre. Certains Sud-Coréens sont encore réticents à accepter les étrangers comme faisant partie de leur communauté, comme l'a montré l'enquête World Values, où la Corée du Sud s'est classée à la 51e place sur 59 en matière de sensibilisation raciale. Quelque 44% des Sud-Coréens ont une vision négative des travailleurs étrangers et des immigrants, selon la même enquête, le quatrième taux le plus élevé parmi tous les pays étudiés.

«Les Sud-Coréens doivent commencer à apprendre à voir les étrangers comme des égaux», a estimé Oh Jung-eun, chercheuse au Centre de recherche et formation pour les migrations de l’OIM (Organisation internationale pour les migrations). «Afin de parvenir à une véritable intégration sociale, la Corée du Sud doit instaurer des politiques qui permettent aux immigrés de jouer un rôle dans la société et qui leur fournissent une bonne éducation», a-t-elle ajouté.

mathieu@yna.co.kr

(FIN)

Accueil Haut de page