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(FOCUS) Les deux Corées s’assoient à la table des négociations dans l'espoir de meilleures relations

Gros plans 09.01.2018 à 16h34

PANMUNJOM, Corée, 09 jan. (Joint Press Corps-Yonhap) -- A un mois des Jeux olympiques d'hiver de PyeongChang, le temps froid a permis aux deux Corées de rompre la glace après plus de deux ans sans dialogue de haut niveau.

Le froid sévère est une bonne métaphore pour décrire les tumultueuses relations intercoréennes, mais la saison hivernale est aussi une aubaine pour Séoul car le Nord va participer aux JO qui auront lieu au sud de la frontière le mois prochain.

«Ce n'est pas une exagération de dire que les liens intercoréens restent plus sévèrement gelés que le temps», a déclaré Ri Son-gwon, le chef de la délégation nord-coréenne, au début des négociations. «Mais l'aspiration à de meilleurs liens a conduit à l’ouverture de ces pourparlers de haut niveau, poussés par quelque chose ressemblant à un courant sous des glaces épaisses qui coule inexorablement sans geler.»

En réponse, son homologue sud-coréen, Cho Myoung-gyon, a déclaré que la délégation du Nord serait la bienvenue aux Jeux olympiques d'hiver que le Sud veut organiser comme un événement de «paix».

«A moitié fait qui commence bien. J’espère que (les deux parties) mèneront les discussions avec détermination et persévérance», a-t-il dit.

Poignée de main

Une scène amicale semble s’être déroulée aujourd’hui au village frontalier de Panmunjom dans la Zone démilitarisée fortement fortifiée alors que les deux Corées entamaient leurs discussions afin de discuter de la participation potentielle du Nord aux Jeux et des moyens d'améliorer leurs liens.

Il n’est pas exagéré de dire que presque personne ne pouvait imaginer qu’un dialogue intercoréen soit tenu si tôt, étant donné la poursuite provocante des programmes nucléaire et balistique nord-coréens. Le Nord a mené son sixième essai nucléaire et a tiré trois missiles balistiques intercontinentaux l'année dernière.

Mais dans ce qui semble être un tournant dramatique, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a exprimé dans son message du Nouvel An sa volonté d'envoyer une délégation aux JO d'hiver de PyeongChang qui se dérouleront en Corée du Sud en février. Un geste de rapprochement rare envers Séoul.

La Corée du Nord a accepté l'offre de dialogue de Séoul vendredi après que le Sud et les Etats-Unis ont consenti à reporter leurs exercices militaires conjoints à une date ultérieure aux Jeux olympiques. Il a également rouvert la ligne de communication intercoréenne après une suspension de près de deux ans.

«Il serait bénéfique que la reprise des négociations intercoréennes puisse donner le ton d’une amélioration des relations entre les Corées et de meilleures relations pourraient devenir un petit catalyseur afin d’aider à résoudre le problème nucléaire nord-coréen», a estimé vendredi le ministre sud-coréen de l’Unification.

La Corée du Sud et la Corée du Nord restent techniquement en conflit depuis la fin de la guerre de Corée (1950-1953) qui s’est soldée par une trêve et non un traité de paix.

Depuis que les Croix-Rouge des deux Corées ont eu leur premier contact en 1971, les frères ennemis ont tenu plus de 640 pourparlers sur diverses questions, dont militaires et humanitaires, jusqu'en 2015, selon le ministère de l'Unification de Séoul. Ils ont tenu des sommets intercoréens en 2000 et 2007.

Près de 55% des pourparlers ont eu lieu à Panmunjom, à une soixantaine de kilomètres au nord-ouest de Séoul, où l'accord d'armistice qui a mis fin à la guerre a été signé.

Les pourparlers d’aujourd’hui suscitent une grande attention quant à la possibilité d'instaurer la paix dans la péninsule divisée, en dépit des inquiétudes selon lesquelles le Nord pourrait lancer une offensive de paix «trompeuse» visant à affaiblir les sanctions internationales et à semer la discorde dans l'alliance Séoul-Washington.

Les tensions se sont intensifiées l'année dernière à la suite de provocations du régime de Kim Jong-un ainsi que d’échanges belliqueux avec des insultes personnelles entre le leader du Nord et le président américain Donald Trump.

Le président Moon Jae-in a pris ses fonctions au mois de mai dernier avec sa stratégie à deux axes consistant à rechercher des sanctions et le dialogue dans les négociations avec le Nord. Il veut que la Corée du Sud occupe le «siège du conducteur» dans la gestion des affaires nord-coréennes.

Le gouvernement espère que de meilleures relations intercoréennes pourront ouvrir la voie vers la résolution du problème nucléaire de la Corée du Nord et aboutir à des négociations plus larges entre Washington et Pyongyang.

Cho, 61 ans, est un négociateur chevronné possédant une vaste expérience du dialogue intercoréen. Il a aidé à préparer le sommet entre les deux Corées en 2007 sous une administration progressiste.

Son homologue Ri, un homme réputé intransigeant avec des antécédents dans l’armée, a été principalement impliqué dans les discussions militaires de travail dans le passé.

Ri est le président du Comité pour la réunification pacifique de la patrie, l'organe d'Etat nord-coréen en charge des affaires intercoréennes. Cette entité a été transformée en appareil d'Etat en juin 2016 sous l’égide du Parti du travail, au pouvoir.

«Je suis venu ici avec l’espoir de voir les deux Corées tenir des pourparlers de manières sérieuse et sincère dans le but d’offrir des résultats "précieux" au peuple coréen qui a de grandes attentes pour cette réunion comme le premier cadeau de la nouvelle année», a déclaré le négociateur nord-coréen.

Les principaux points à l'ordre du jour de la réunion seront axés sur la participation de la Corée du Nord aux Jeux olympiques, mais des discussions plus larges sur les relations intercoréennes devraient avoir lieu.

«Il est probable que les deux parties discuteront de manière globale de questions d'intérêt mutuel. Tout ne peut pas être convenu en une seule réunion, il sera significatif qu'elles puissent sonder les intentions de l'autre», a déclaré Kim Yong-hyun, professeur à l'université Dongguk. «Cette réunion devrait ouvrir la voie à d’autres discussions de travail.»

Le gouvernement a renouvelé sa proposition de juillet d'organiser des pourparlers militaires sur l'atténuation des tensions frontalières et une réunion des Croix-Rouge afin de discuter de réunions de familles déchirées par la guerre. La Corée du Nord n'a pour le moment pas répondu à l'offre de Séoul.

Le Sud pourrait soulever la question de la dénucléarisation de la Corée du Nord au moment où Pyongyang revendique le développement d'un missile balistique intercontinental (ICBM) capable de frapper toute la partie continentale des Etats-Unis.

La Corée du Nord a utilisé dans le passé la diplomatie et les négociations afin d’obtenir, entre autres, des concessions économiques de la Corée du Sud et des Etats-Unis. Elle a déjà accepté de suspendre ses essais nucléaires et balistiques en échange d’une aide, mais l’arrangement avait tourné court.

Pyongyang clame maintenant qu'il ne mettra pas ses armes nucléaires sur la table des négociations.

«Les armes nucléaires du Nord ne pourront probablement pas faire l’objet de discussions lors de la réunion de mardi, nous devons faire des pourparlers intercoréens le fondement des négociations entre les Etats-Unis et la Corée du Nord», a déclaré Shin Beom-chul, professeur à l’Académie diplomatique nationale de Corée (KNDA).

Pour la Corée du Nord, la priorité pourrait être donnée à l’appel lancé au Sud et aux Etats-Unis d'arrêter leurs exercices militaires conjoints, que Pyongyang dénonce inlassablement comme étant une «répétition de guerre». Le régime pourrait également demander la suspension du déploiement régulier d'actifs stratégiques par Washington à proximité de la péninsule coréenne.

La décision de Séoul et Washington de ne pas tenir leurs manœuvres conjointes pendant les Jeux aurait influencé l'acceptation de négociations par le Nord. Cependant, Pyongyang peut à nouveau mener des actes provocateurs si les alliés reprennent leurs entraînements après les Olympiades.

Ken Gause, analyste de CNA Corp. basé aux Etats-Unis, a appelé à la prudence dans l'interprétation des actions de la Corée du Nord «en termes noir et blanc». «Sa stratégie existe dans une zone grise, donc l'engagement est essentiel pour avancer et ne pas retomber dans le vide que nous avons connu en 2017, lorsque nous nous sommes appuyés sur la pression et des conditions préalables pour résoudre le problème nord-coréen.»

Les délégations sud-coréenne (à droite) et nord-coréenne lors d'une réunion de haut niveau le 9 janvier 2018 à Panmunjom

lp@yna.co.kr

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