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(FOCUS) CVID ou CVIG ? Bras de fer en perspective entre Kim et Trump

Gros plans 07.06.2018 à 14h33
Le président américain Donald Trump (à gauche) et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un. (Reuters=Yonhap)

SEOUL, 07 juin (Yonhap) -- Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un et le président américain Donald Trump se rencontreront le 12 juin à 9h à l’hôtel Capella, sur l’île singapourienne de Santosa, pour un tête-à-tête inédit qui pourrait amener la péninsule coréenne vers la voie d’un véritable dégel.

Le prochain sommet Corée du Nord-Etats-Unis pourrait transformer complètement le paysage politique, diplomatique et sécuritaire non seulement sur la péninsule coréenne mais aussi dans toute l’Asie du Nord-Est.

Il pourrait avoir un impact important sur la lutte pour l’hégémonie régionale entre les Etats-Unis et la Chine. Le Japon, souvent en confrontation avec la Chine en s’appuyant sur son alliance avec Washington, suivra lui aussi très attentivement les résultats du prochain sommet, tout comme la Russie qui cherche à accroître son influence dans la région.

Ce rendez-vous historique attire en effet l'attention du monde entier dans la mesure où la Corée du Nord fait l’objet depuis longtemps de trains de sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies pour ses six tests nucléaires et tirs d’essai de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM).

La dénucléarisation et la garantie de sécurité du régime seront en tête de l’ordre du jour avec deux sigles mettant en relief les objectifs respectifs, CVID et CVIG.

Les Etats-Unis cherchent à réaliser un démantèlement complet, vérifiable et irréversible (CVID) de la Corée du Nord alors que celle-ci veut la «garantie» de sécurité de son régime (CVIG) dans le but d'éviter le destin tragique qu'ont connu les anciens régimes de la Libye et de l’Irak.

Si Kim et Trump trouvent un accord, celui-ci serait baptisé «modèle Trump».

Les deux parties poursuivent encore actuellement leurs discussions sur l’ordre du jour même si la date et le lieu du sommet ont été décidés.

En Corée, la vice-ministre nord-coréenne des Affaires étrangères Choe Son-hui et l'ambassadeur américain aux Philippines Sung Kim se sont rencontrés jusqu’à présent six fois au village de la trêve de Panmunjom pour s’accorder sur l'ordre du jour du sommet.

De nombreux observateurs prévoient que les négociations de Panmunjom se poursuivront jusqu’à la réunion Kim-Trump.

Cette rencontre prochaine alimente l’espoir de voir une percée monumentale dans les efforts destinés à résoudre la question nucléaire nord-coréenne et à apporter une paix permanente sur la péninsule, ce que les pourparlers intermittents bilatéraux et multilatéraux qui ont eu lieu dans le passé avec le Nord n’ont pas réussi à faire.

«Ce que les Etats-Unis cherchent le plus serait le démantèlement complet des armes nucléaires et ICBM de la Corée du Nord et le transport des matières fissiles hors du pays», a déclaré Kim Joon-hyung, professeur d’affaires internationales de l’université globale Handong.

Ce dernier a ajouté que la Corée du Nord souhaite la normalisation de ses relations avec les Etats-Unis avec la fin officielle à la guerre de Corée (1950-1953), un engagement de non-agression et l’établissement d’un traité de paix, ainsi que la levée rapide des sanctions.

Trump avait parlé initialement d’un «grand accord» imposant à la Corée du Nord d’abandonner son programme d’armement nucléaire rapidement alors que le dirigeant nord-coréen préconisait un processus «progressif et synchronisé».

Après une réunion la semaine dernière à la Maison-Blanche avec Kim Yong-chol, le bras droit du dirigeant nord-coréen, Trump a laissé entendre qu’il ne se précipiterait pas sur un accord et pourrait accepter une approche graduelle. «La grande entente aura lieu le 12 juin. Et, encore une fois, c'est un processus. Nous n'allons pas y aller et signer quelque chose le 12 juin. Nous allons entamer un processus», avait-il déclaré aux journalistes. «Nous pouvons aller vite. Nous pouvons aller lentement. Et je pense que ça va être un processus. Je n'ai jamais dit que ce serait réglé en une réunion.»

On ne sait pas encore s’il a réellement baissé la barre ou simplement cherchait à réduire les attentes du public pour une percée importante à son premier sommet avec Kim.

En marge du 17e Sommet sur la sécurité en Asie qui s'est déroulé le week-end dernier à Singapour, le secrétaire à la Défense des Etats-Unis Jim Mattis a prévu un «chemin cahoteux», au mieux.

Il a de même averti que «la Corée du Nord bénéficiera d'un allègement seulement si elle montre des mesures vérifiables et irréversibles envers la dénucléarisation».

Si Trump quitte le sommet historique sans aucun accord écrit, cela sera considéré comme un échec et il devrait faire face à de virulentes attaques politiques sur le plan intérieur, quelques mois avant les élections de mi-mandat.

Le magnat de l’immobilier devenu président, qui se nomme lui-même comme un grand négociateur, pourrait signer un cadre pour la dénucléarisation en contrepartie de mesures permettant d'assurer la sécurité du régime et laisser à des officiels de niveau opérationnel traiter «le diable dans les détails».

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«Je pense qu’il y aura un compromis sur le principe d'une dénucléarisation complète et une garantie de sécurité complète», a prévu Yang Moo-jin, professeur de l’Université des études nord-coréennes. «De même, il pourrait y avoir plusieurs accords supplémentaires sur des questions telles qu’une feuille de route pour la dénucléarisation et son calendrier.»

Une autre grande question sera de savoir si Trump et Kim concluront ou non un accord en vue de mettre fin officiellement à la guerre de Corée qui s’est terminée par un armistice il y a 65 ans.

Trump a dit avoir abordé cette question avec l’émissaire nord-coréen. S’il y a un accord à Singapour sur ce sujet hautement symbolique, le président Moon Jae-in pourrait s’envoler vers la cité-Etat pour une cérémonie.

Le bureau présidentiel Cheong Wa Dae a indiqué à plusieurs reprises que cela dépendrait de Pyongyang et Washington et qu’aucune décision n’a été prise encore.

lsr@yna.co.kr

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