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Le mouvement d'indépendance du 1er-Mars a posé les bases d'une souveraineté appartenant au peuple

Gros plans 01.03.2019 à 06h00
Reconstitution du mouvement d'indépendance (Photo d'archives Yonhap)
Planche gravée destinée à imprimer en masse le drapeau national lors du mouvement d'indépendance du 1er-Mars, en 1919. (Photo d'archives Yonhap)

SEOUL, 28 fév. (Yonhap) -- L'année 1919 a été charnière dans l'histoire du mouvement d'indépendance du peuple coréen alors que la péninsule coréenne se trouvait en plein milieu de bouleversements politiques, il y a tout juste 100 ans.

Les Coréens ont battu le pavé en masse le 1er mars 1919 pour crier haut et fort «Pour l'indépendance de la Corée !» dans le but de protester contre la colonisation par le Japon de la péninsule coréenne. Ces manifestations qui se sont simultanément déroulées ce jour-là dans six grandes villes du pays comme Séoul et Pyongyang se sont propagées par la suite à travers tout le pays. La Corée avait perdu sa souveraineté au bénéfice du Japon en 1910.

Il s'agissait du plus grand mouvement de résistance national pendant la colonisation de la péninsule coréenne par le Japon (1910-1945) et du premier mouvement d'indépendance de grande envergure dans une colonie d'un pays vainqueur de la Première Guerre mondiale.

Le gouvernement provisoire a été établi le 11 avril 1919 dans la concession française de Shanghai pour mener des mouvements de résistance de manière plus organisée et à terme pour obtenir l'indépendance.

Si le mouvement d'indépendance du 1er-Mars n'a pas abouti dans l'immédiat au recouvrement de la souveraineté nationale, cette montée d'une résistance massive contre la colonisation a conduit le Japon à changer sa manière de gouverner la péninsule coréenne et à adopter une politique d'apaisement.

La situation politique internationale autour de la péninsule coréenne était très confuse même avant 1919, notamment avec la fin de la Première Guerre mondiale.

La Grande Guerre déclenchée en 1914 par la déclaration officielle de guerre par l'Autriche-Hongrie contre la Serbie a transformé le continent européen en un champ de bataille. Elle a pris fin en novembre 1918 avec la signature de l'armistice entre l'Allemagne et les Alliés.

Dans un discours prononcé en janvier 1918 devant le Congrès des Etats-Unis, le président américain de l'époque Woodrow Wilson a présenté le programme du traité de paix, les fameux «quatorze points», dans lequel il souligne le droit à l'auto-détermination des peuples.

Alors que Wilson parlait de l'auto-détermination des pays colonisés par les nations vaincues, les Coréens «naïfs» se sont efforcés d'envoyer au président une pétition soulignant l'illégitimité du règne colonial japonais et la nécessité d'indépendance de leur pays.

Par ailleurs, la domination par la force était de plus en plus brutale et dure à supporter avec le renforcement de la présence des gendarmes japonais sur la péninsule coréenne dont le nombre est passé de 2.019 en 1910 à 8.054 en 1918.

Le Japon a également mis en place diverses mesures destinées à exploiter sa colonie dont la provision d'un budget, une enquête sur les sources fiscales et le recensement des propriétés foncières détenues par les Coréens de 1910 à 1918. La superficie des terres cultivées a doublé mais le bureau du gouverneur général japonais est devenu le premier propriétaire foncier du pays à travers des acquisitions gratuites de terres à travers le pays.

Dans un tel contexte, le roi Gojong, le 26e et dernier monarque de la dynastie Joseon qui a déclaré l'Empire coréen en 1897, est mort le 21 janvier 1919. L'empereur a dû céder le trône à son fils Sunjong pour avoir dépêché des envoyés spéciaux à la conférence de la paix qui a réuni les grandes puissances à La Haye, aux Pays-Bas. Ce décès a plongé tout le pays dans une profonde tristesse et la rumeur selon laquelle il aurait été empoisonné par le Japon a attisé les mouvements de résistance.

En décembre 1918, des étudiants coréens au Japon avaient décidé d'organiser un mouvement d'indépendance avant de transmettre leur plan à des personnalités dans le pays et à l'étranger. Le 8 février de l'année suivante, 600 étudiants coréens ont publié une déclaration d'indépendance de leur pays du joug colonial japonais lors d'un rassemblement qui s'est tenu au centre YMCA coréen à Tokyo. Ils ont adopté une série de résolutions pour réclamer l'indépendance de leur pays.

Le mouvement d'indépendance du 1er-Mars a été ainsi un grand événement où la colère des Coréens contre l'occupation japonaise et leur aspiration à la libération ont éclaté dans une complexité de circonstances intérieures et extérieures.

Do Myoun-hoi, professeur de l'université de Daejeon, a cité trois éléments clés qui ont déclenché le mouvement d'indépendance du 1er-Mars.

«Sur le plan structurel, la colère accumulée face à la discrimination ethnique vis-à-vis des Coréens et aux règles et lois modernes qui ont été imposées de force pour faciliter la domination coloniale japonaise est à la base (du mouvement d'indépendance)», a affirmé le professeur.

«Il y avait une classe de propriétaires fonciers qui ont accumulé des richesses en profitant de la flambée des prix du riz après la Première Guerre mondiale et l'ambition politique de dirigeants religieux qui s'appuyaient sur le soutien des masses et s'est aussi formée une situation politique internationale qui a déclenché le mouvement d'indépendance national», a-t-il analysé.

Certains chercheurs préconisent de rebaptiser ce mouvement «révolution du 1er-Mars» pour souligner l'importance dont ce mouvement revêt dans l'histoire du pays.

«Le mouvement d'indépendance du 1er-Mars a été une émeute ou révolte à l'époque. Nous devons le renommer "révolution" dans la mesure où il a servi d'amorce à l'établissement d'une souveraineté appartenant au peuple même s'il n'a pas réussi à renverser le régime existant», a souligné Yoon Kyoung-ro, professeur honoraire de l'université de Hansung.

lsr@yna.co.kr

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