Go to Contents Go to Navigation

(Interview Yonhap) Ambassadeur Emma Isumbingabo : «Le Rwanda et la Corée partagent le désir de se développer»

Actualités 15.02.2019 à 10h48
Ambassadeur rwandais à Séoul
Conseil de promotion de la francophonie en Corée

SEOUL, 15 fév. (Yonhap) -- L'ambassadeur du Rwanda en Corée du Sud, Emma Isumbingabo, en poste depuis 2014, a accordé jeudi à l'agence de presse Yonhap une interview écrite dans laquelle elle décrit les relations entre les deux pays et traite le sujet de la francophonie.

«Francophone à cœur», la diplomate rwandaise a fait part de sa volonté de promouvoir la francophonie en Corée alors qu'elle assure cette année la présidence du Conseil de promotion de la francophonie en Corée (CPFC).

La première réunion du conseil sous sa présidence s'est déroulée mercredi à la résidence du Rwanda à Séoul en présence d'ambassadeurs et représentants de 14 pays membres et observateurs de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) présents au pays du Matin-Clair.

La nouvelle secrétaire générale de l'OIF, Louise Mushikiwabo, ancienne chef de la diplomatie rwandaise, a entamé le 3 janvier dernier son mandat de quatre ans à la tête de l'organisation basée à Paris.

L'ambassadeur a souligné que «les quatre missions que s'est fixée la francophonie sont représentées dans le Rwanda actuel : la paix, la démocratie et les droits de l'Homme, l'éducation et la coopération pour le développement durable».

Ces valeurs unissent aujourd'hui étroitement la Corée du Sud et le Rwanda «qui partagent le désir de s'améliorer et se développer». En s'appuyant sur la paix que les deux pays ont arrachée dans leur histoire tumultueuse, la guerre de Corée (1950-1953) et le génocide des Tutsis au Rwanda (1994), ils cherchent à travailler ensemble pour le développement durable, notamment dans les domaines de l'éducation et des technologies de l'information et de la communication (TIC).

- Vous êtes arrivée à Séoul en octobre 2014. Pouvez-vous nous retracer votre parcours ?

▲ Je pourrais dire que mon parcours professionnel débuta en 1999 lorsque j'étais enseignante dans une école technique à Butare, dans le sud du Rwanda. J'y enseignais les mathématiques.

En même temps, avec le baccalauréat, j'obtins une bourse qui me permit de commencer mes études universitaires à l'Institut des sciences et de technologie de Kigali (KIST) de 2000 à 2005. J'obtins mon premier Ingéniorat A1 en électromécanique en 2003, et mon second Ingéniorat A0 en 2005 dans la même faculté.

La même année de l'obtention de mon Ingéniorat A0, j'obtins le poste de professeur assistant à la faculté de génie électrique dans l'institut. En 2007, j'obtins une autre bourse d'étude qui me permis de continuer mes études à l'université du Cap en Afrique du Sud, où étant aussi professeur assistant de 2007 à 2009, j'obtins la maîtrise en génie électrique avec spécialisation en électronique de puissance.

Au retour au Rwanda en 2011, j'eus un emploi à l'EWSA, l'autorité rwandaise en charge des énergies, de l'eau et de l'hygiène publique en tant que chef du Département des énergies alternatives. C'est de là que je fus nommée en octobre 2011 secrétaire d'Etat au ministère des Infrastructures en charge des énergies et ressources en eau.

Et c'est en étant à ce poste qu'en juillet 2014, je fus nommée ambassadeur du Rwanda en Corée du Sud. Le 2 octobre de la même année, j'arrivais à Seoul, commençant ma mission ici, à l'ambassade.

- La Corée du Sud et le Rwanda ont établi leurs relations diplomatiques en 1963 avant une suspension en 1975. Celles-ci ont été renouées en 1987. Comment évaluez-vous les relations bilatérales ?

▲ Les relations bilatérales entre la Corée du Sud et le Rwanda, établies en 1963, sont très bonnes. Les deux pays partagent tous deux des histoires troublées. La Corée du Sud a eu une guerre destructive au début des années 1950 ; et le Rwanda, le Génocide contre les Tutsis en 1994.

Les deux pays partagent le désir de s'améliorer, de se développer et d'offrir à leur peuple la paix, une bonne économie et bien d'autres bénéfices.

Depuis 2006, après l'arrivée de la KOICA (Agence coréenne de coopération internationale) au Rwanda, la Corée du Sud est très investie dans le développement économique et social du Rwanda, et ce dernier utilise l'exemple du développement coréen pour s'améliorer et se développer à son tour. Plusieurs des membres officiels coréens montrent de l'admiration pour l'essor économique que le Rwanda a atteint dans les 25 ans après le Génocide. Les membres officiels rwandais à leur tour utilisent nos bonnes relations pour venir ici en Corée et s'éduquer, agrandir leurs connaissances du pays et des raisons de son succès économique. C'est en étudiant le développement économique des pays comme la Corée du Sud et de leur essor économique miraculeux que le Rwanda progresse et atteint un essor économique fructueux. Actuellement, il y a plusieurs projets entre les deux pays : des projets pour le développement rural du Rwanda, pour l'éducation de la jeunesse rwandaise et autres, tout cela encourageant la formation de plusieurs emplois. Il est très clair que les relations entre la Corée du Sud et le Rwanda continueront d'être bonnes et bénéfiques pour les deux pays : ils sont tous deux très investis et ouverts au développement mutuel de l'un et de l'autre.

- Quelles impressions avez-vous sur le pays ?

▲ La Corée du Sud est fascinante. A vrai dire, mon arrivée ici en 2014 était ma première fois sur le continent asiatique. Dès l'instant où je vis à Séoul, je compris que le futur économique du monde était l'Asie. Les industries sont prospères, la plupart des économies fructueuses. Cette image d'une Asie remplie de gratte-ciel est celle que j'eus à mon arrivée. Je voyais la prospérité de Singapour et je m'imaginais la Corée du Sud ainsi aussi. Et je ne fus pas déçue. En Corée du Sud, il y a une culture du travail, une culture très bénéfique pour tout le monde qui l'applique.

Je crois que les deux choses de ce pays qui me resteront en mémoire sont le dévouement qu'a le peuple coréen au travail et au bien-être des autres et de soi-même. Ce sont deux qualités que je m'efforce à adopter moi-même au service de mon pays.

- Quelles sont les priorités de votre mission d'ambassadeur en Corée du Sud ?

▲ Mes priorités en tant qu'ambassadeur en Corée du Sud sont de continuer et de renforcer le lien durable entre la Corée du Sud et le Rwanda. Renforcer ce lien durable inclut la continuation des projets en développement et la recherche de nouvelles opportunités de coopération et d'échange pouvant bénéficier à nos deux pays. En tant qu'ambassadeur, je m'efforce aussi d'être en quelque sorte «ce lien», un lien qui unit les Rwandais et les Coréens.

- Quels sont les grands sujets d'actualité et projets de coopération entre les deux pays aujourd'hui ?

▲ La Corée du Sud a choisi le Rwanda comme un partenaire clé dans la coopération pour le développement. Avec la KOICA, la Corée du Sud s'efforce d'aider le Rwanda à améliorer son milieu éducatif, son secteur agricole et son secteur des technologies de l'information et de la communication (TIC). Il y a aussi des projets en voie d'acheminement dans les secteurs d'agriculture, santé et commerce.

Par exemple, un des grands projets entre les deux pays est le projet de développement rural dans le secteur de Kibeho, dans la province du Sud au Rwanda. Ce projet avait pour but d'améliorer la vie des agriculteurs de ce secteur en les aidant à produire davantage et élever leur revenu, réduisant ainsi la pauvreté et éradiquant les mauvaises conditions de vie. Ce projet conclu à la fin 2018.

Un autre projet est l'établissement de la Polytechnique de Kicukiro. Ce projet a pour but d'établir un institut pour l'encadrement des enseignants des TIC.

La Corée du Sud est surtout investie dans le développement des TIC du Rwanda. La Corée du Sud partage le désir du Rwanda de devenir un pays dans lequel l'éducation dans les TIC est meilleure que la plupart des pays en Afrique.

- Quels sont les moyens d'accroître le volume des échanges commerciaux entre le Rwanda et la Corée du Sud ? Y a-t-il des secteurs particuliers dans lesquels le Rwanda désire attirer plus d'investissements sud-coréens ?

▲ L'ambassade du Rwanda offre des expositions chaque année ici en Corée du Sud pour les différentes opportunités que le Rwanda offre aux investisseurs coréens. Ces expositions, foires et échanges (aussi culturels qu'économiques), de tout secteur, qui se déroulent en Corée du Sud sont un moyen très efficace d'accroître le volume des échanges commerciaux. Aussi, les visites de délégations coréennes au Rwanda (ou vice-versa), offrent l'opportunité à ces délégations de voir elles-mêmes le progrès des deux pays, de voir les différents besoins des deux pays, besoins économiques et sociaux, et de trouver les moyens de satisfaire ces besoins. L'année passée, par exemple, une délégation rwandaise est venue ici en Corée pour voir ce qui pousse le succès coréen et, en retour, des membres du Parlement coréen ont visité le Rwanda avec quelques membres officiels du gouvernement et plusieurs membres du secteur privé voulant investir sur le marché rwandais.

Le Rwanda désire premièrement conquérir ses besoins primordiaux. En d'autres mots, l'éducation de son peuple. L'éducation est si primordiale pour les Rwandais car ils savent qu'avec une éducation, ils peuvent faire beaucoup de choses et se développer davantage. C'est pour ça que la Corée du Sud ayant vu ce désir dans les Rwandais investit beaucoup dans l'éducation au Rwanda.

- Comment souhaitez-vous développer les relations bilatérales dans le futur ? Plus précisément, dans quels domaines ?

▲ Il est clair que le secteur dans lequel les Rwandais ou Coréens espèrent un avenir est celui des TIC. Je crois que le Rwanda et la Corée du Sud continueront de développer leurs relations à travers divers projets dans les technologies qui bénéficieront aux deux peuples. Il est vrai que le Rwanda a un grand effort à faire pour arriver au degré technologique qu'a atteint la Corée du Sud, mais c'est pour cela que nos relations existent, pour procurer du soutien mutuel. Nos relations futures seront basées sur les résultats des relations présentes et, à ce que je vois, les domaines d'éducation et des TIC sont les deux domaines dans lesquels les deux pays continueront de s'aider et de s'accroître économiquement, ce qui n'exclut aucun autre secteur émergeant. Il est possible que le futur soit différent des prédictions d'aujourd'hui, ce qui veut dire que les deux pays seront toujours là pour s'entraider. Mon souhait est que les relations présentes continuent ainsi, créant pour les deux peuples le progrès et le développement.

- L'ancienne ministre rwandaise des Affaires étrangères Louise Mushikiwabo a été élue secrétaire générale de l'Organisation internationale de la francophonie. Quel sens a cette nomination pour vous ?

▲ Cette nomination me touche à cœur. Je suis francophone depuis ma jeunesse et je pense qu'en moi, promouvoir la francophonie en Corée est l'un des devoirs qui m'incombent et que j'accomplirai très volontairement. En ces temps, on trouve aisément des communautés dédiées à faire du bien dans le monde. Je crois que mon devoir sera de créer et promouvoir ce qui peut être bénéfique pour notre communauté en tant que francophones et, en même temps, se dédier à aider ceux dans le besoin.

- Vous assurez cette année la présidence du Conseil de promotion de la francophonie en Corée. Quel rôle comptez-vous jouer au sein du conseil ? Et quelles actions comptez-vous mener ?

▲ Je compte promouvoir la francophonie en Corée. Les Sud-Coréens sont un peuple ouvert aux nouvelles expériences : je crois que c'est une bonne opportunité pour y promouvoir et accroître le nombre de Coréens francophones. Ainsi, ce pays aura des citoyens capables de communiquer avec les francophones du monde entier. Avec l'accroissement d'une société francophone, les barrières linguistiques diminueront et offriront une bonne expérience à tout francophone qui arrivera ici.

- Quel est votre rapport avec la langue française ? Quelle place a-t-elle dans votre vie ?

▲ J'aime le français. Je suis une francophone à cœur. Depuis toute jeune, j'ai appris à parler le français et à l'utiliser dans la vie courante, donc elle fait partie de ma culture.

- Que pensez-vous de la place de la francophonie actuelle dans votre pays et en Afrique ?

▲ La francophonie a une place importante dans la société rwandaise. Par exemple, la langue française est très importante pour les générations nées avant 1999. Ces générations, ayant grandi en parlant français, sont restées fidèles à la langue. La plupart du vocabulaire contemporain rwandais est un mélange de kinyarwanda, d'anglais et de français. Il y a plusieurs mots empruntés du français. Avec une présence de presque 100 ans au Rwanda (de 1916 à 2010), la langue française reste un héritage du Rwanda actuel, un héritage qui s'est lentement immergé avec le pays. Il est très évident que les quatre missions que s'est fixée la francophonie sont représentées dans le Rwanda actuel : la paix, la démocratie et les droits de l'Homme, l'éducation et la coopération pour le développement durable.

Ailleurs en Afrique, la francophonie a une grande importance pour les peuples qui utilisent la langue et le système français, surtout pour les pays qui ont le français comme langue officielle. Elle est aussi importante pour d'autres pays, qu'ils soient non francophones ou autre. La plupart des pays dans le monde sont devenus anglophones, poussés par le désir de se joindre dans le globalisme et l'économie mondiale, mais cela n'empêche pas que des sociétés et communautés francophones naissent ici ou ailleurs. L'Afrique est au milieu de tout cela. Plusieurs pays sur le continent ont maintenant joint le globalisme et adopté le système anglophone, ce qui malheureusement réduit l'influence de la francophonie. C'est un des désavantages de joindre l'économie mondiale, la perte d'une culture ou d'une idéologie. Ce qui importe pour les pays africains maintenant est de garder ces cultures et idéologies qu'elles soient autochtones ou étrangères. Je pense qu'en mettant un effort dans l'éducation de ses jeunes, l'Afrique pourra garder ses cultures et coutumes et augmenter l'essor de la francophonie.

Propos recueillis par Lee Sae-rom

(FIN)

Accueil Haut de page