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Couverture par des journaux français du mouvement d'indépendance du 1er-Mars

Gros plans 01.03.2019 à 08h00
(Photo d'archives Yonhap)

SEOUL, 01 mars (Yonhap) -- «Pour l'indépendance de la Corée !» Ces cris du peuple coréen qui retentissaient à travers toute la péninsule coréenne il y a 100 ans s'adressaient aussi au monde entier. Il s'agissait d'un appel diplomatique lancé par le peuple coréen qui a pris l'initiative d'agir pour éveiller la conscience des peuples des colonies asiatiques et africaines qui souffraient de l'impérialisme et pour déclencher un mouvement d'indépendance à l'échelle mondiale.

L'ordre international de l'époque, où les grandes puissances se battaient pour leurs intérêts, était en faveur du Japon, pays vainqueur de la Première Guerre mondiale. Ce Japon rempli d'orgueil n'avait peur de rien, sauf de la presse étrangère influençant l'opinion de la communauté internationale.

Au début du mouvement d'indépendance du 1er-Mars, le gouvernement japonais a déployé tous ses efforts possibles pour contrôler et empêcher la couverture médiatique de ce mouvement.

Cela dit, ce n'était qu'une question de temps, la vérité ne pouvant être cachée. A commencer par Shanghai, berceau du mouvement d'indépendance de la Corée, jusqu'à São Paulo en passant par Londres, Paris, Rome et Moscou, des nouvelles sur ce soulèvement se sont propagées comme une trainée de poudre.

En effet, plusieurs journaux français ont parlé de ce mouvement d'indépendance opérant de l'autre côté de la planète.

L'Action française, journal royaliste français fondé en 1908, a rapporté le mouvement le 20 mars de la même année, citant une dépêche de l'agence de presse Reuter en provenance de Shanghai. Il a notamment souligné que la situation politique internationale a été aussi l'un des éléments qui ont déclenché le mouvement, tout en présentant le contexte sociopolitique particulier du pays à l'époque, le décès de l'empereur Gojong qui a mis le feu à la manifestation.

«Pendant les cérémonies qui ont accompagné les funérailles de l'ancien empereur de Corée, des troubles graves ont éclaté dans le pays, occasionnés en partie par le deuil national et en partie aussi par l'opinion qui s'était répandue que la Conférence de la paix avait sanctionné l'indépendance de la Corée», a déclaré le journal français.

Lors de la Conférence de la paix qui a rassemblé les pays vainqueurs de la Première Guerre mondiale à Paris en 1919, la question de l'indépendance de la péninsule coréenne n'a pas pu faire partie de l'ordre du jour à cause du Japon qui faisait partie des Alliés.

«Des milliers de Coréens parcoururent les rues de Séoul, le 1er mars. Des centaines se frayèrent de force un chemin jusqu'au palais, où le corps de l'ancien empereur était exposé, en proférant des cris en faveur de l'indépendance de la Corée. Les étudiants se faisaient particulièrement remarquer. Une centaine d'arrestations furent opérées à Séoul, et le bureau de la police a été attaqué», a-t-il relaté.

Le Radical, journal républicain, a couvert de manière relativement objective ces «graves émeutes» au pays du «Matin Calme» dans un article publié également le 20 mars en prenant note des efforts du Japon pour empêcher cette nouvelle de se propager.

«La publication des nouvelles de Séoul est interdite à Tokio (Tokyo), actuellement. D'après ces nouvelles, des démonstrations ont eu lieu en Corée depuis le 1er mars et font partie d'un mouvement organisé visant à l'obtention de l'indépendance nationale», a-t-il déclaré.

Le quotidien a aussi tenu à noter le rôle des chrétiens coréens dans ces «émeutes réprimées» : «Le mouvement a éclaté sur une large échelle à l'instigation de la secte dénommée "les Adorateurs du ciel" et de Coréens convertis au christianisme.»

S'il n'a pas pu donner de bilan humain précis de l'événement, il a fait état de fortes répressions. «De nombreux conflits ont eu lieu entre les Coréens et la gendarmerie. Le nombre des tués et blessés n'est pas encore connu ; mais les chefs du mouvement et au moins quatre cents étudiants ont été arrêtés. Le commandant de la gendarmerie annonce que les émeutes qui avaient éclaté à Phong-Yang (Pyongyang) ont été complètement réprimées.»

L'Humanité, quotidien socialiste français, a de son côté décrit le mouvement d'indépendance du 1er-Mars comme une «révolution» en rapportant un peu plus tard le 13 avril de la même année la poursuite du mouvement. Il a notamment accusé le Japon de répression sévère en faisant état d'un nombre considérable de victimes.

«Le mouvement en faveur de l'indépendance coréenne se poursuit avec la même intensité. Les autorités japonaises ont adopté des mesures de répression très sévères, et le nombre des victimes de la révolution est déjà considérable. Les Coréens ont adressé un appel aux Croix-Rouges étrangères pour leur demander de venir à leur secours.»

Le journal a également publié un autre article plus tard, en citant une dépêche du 20 avril de l'agence de presse Radio, dans lequel il souligne notamment que, au sein même du Parlement japonais, certains considéraient que le mouvement d'indépendance du 1er-Mars a été déclenché par une gouvernance brutale.

Un article publié le 9 mai de la même année dans L'Echo d'Alger, quotidien de l'Algérie colonisée, nous fait découvrir un fait intéressant et étonnant. La «Marseillaise», l'hymne national français, a été chantée par de jeunes coréennes, citant l'Echo de la Chine, journal français spécialisé dans l'Extrême-Orient.

«A Sonds (Kaesong), ancienne capitale de la Corée, la "Marseillaise" a été, pour la première fois, chantée le 1er mars par 200 élèves de la Hoston School, pensionnat de jeunes filles, qui manifestaient en faveur de l'indépendance de leur patrie», a-t-il rapporté, illustrant l'influence que la Révolution française aurait eu sur des étudiants coréens qui ont participé aux manifestations.

Le ministère français des Affaires étrangères a présenté le 1er avril en détail l'évolution de la situation liée au mouvement d'indépendance dans son bulletin en citant la presse chinoise.

«Il est évident que les chefs du mouvement veulent attirer aussi l'attention du congrès de la paix sur le cas de la Corée. Ils réclament l'application à leur patrie malheureuse des principes wilsoniens. Le Dr Yi Ching-man, principal avocat de la cause coréenne à Washington, ancien disciple de M. Wilson à Princeton, s'en va, dans ce but, rejoindre à Paris les deux autres représentants coréens, le Dr Kim et M. An», a expliqué le ministère, en faisant référence à Rhee Syng-man, premier chef du gouvernement provisoire coréen en Chine qui sera établi le 11 avril de la même année, et son chef de la diplomatie Kim Kyu-sik qui a été dépêché à Paris en 1919 pour faire connaître l'illégitimité de la colonisation de la Corée.

Le gouvernement français semble avoir suivi la situation sur la péninsule coréenne à travers des médias chinois et japonais, probablement de peur de voir ce combat pour la libération du régime colonial se propager vers d'autres colonies, notamment celles sous sa domination dans l'Indochine.

«La France a ignoré l'appel de notre délégation d'un côté de peur de voir l'influence du mouvement du 1er-Mars s'étendre vers l'Indochine et de l'autre côté de sorte à ne pas provoquer le Japon ayant un droit de véto à la Conférence de la paix», a analysé Lee Jang-kyu, chercheur en histoire et doctorat à l'université Paris 7.

«Si certains médias cherchant à profiter de la propagande déformée du Japon ont dévalué le mouvement d'indépendance du 1er-Mars, de nombreux journaux français ont accordé un intérêt particulier au mouvement et l'ont amplement couvert», a estimé Lee.

Même si bon nombre de ces articles étaient courts, ils ont encouragé plusieurs colonies à publier des déclarations d'indépendance, déclenchant ainsi des mouvements d'indépendance nationaux partout dans le monde.

Si le mouvement d'indépendance du 1er-Mars n'a pas permis immédiatement à la Corée d'obtenir l'indépendance, il a éveillé l'attention du monde sur le droit à l'autodétermination des peuples et l'indépendance grâce à sa couverture par des médias étrangers.

L'Echo d'Alger daté du 9 mai 1919 ⓒ Bibliothèque nationale de France
Bulletin daté du 1er avril 1919 du ministère français des Affaires étrangères ⓒ Bibliothèque nationale de France

lsr@yna.co.kr

(FIN)

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