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(Interview Yonhap) Ex-représentant nucléaire américain : un accord provisoire est nécessaire pour une dénucléarisation étape par étape

International 18.10.2019 à 14h17
Joseph Yun, l'ancien envoyé nucléaire américain, accorde une interview à l'agence de presse Yonhap le mercredi 16 octobre (heure locale) dans son bureau à Washington, aux Etats-Unis.

WASHINGTON, 17 oct. (Yonhap) -- Les Etats-Unis et la Corée du Nord ont besoin de signer un accord provisoire sur le démantèlement du programme d'arme nucléaire étape par étape, a estimé l'ancien envoyé nucléaire américain Joseph Yun, sur fond de récente rupture des négociations de niveau opérationnel entre les deux pays.

Vu que tout recours à la force risque de déclencher une guerre majeure sur la péninsule coréenne, il n'existe aucun autre moyen pour dénucléariser le régime nord-coréen, selon lui.

Et pour arriver à ce genre d'accord, les deux parties devraient se rencontrer plus fréquemment car le manque de communication actuel n'est pas favorable à cela ou à un éventuel troisième sommet très attendu entre le président américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un.

«Je pense que, si le président Trump a tiré une leçon de la rupture du sommet de Hanoï, il ne tiendra pas le troisième sommet sans un accord préalable», a estimé Yun lors d'une interview accordée à l'agence de presse Yonhap ce mercredi.

Trump et Kim ont eu leur deuxième sommet à Hanoï, la capitale du Vietnam, en février. La réunion s'est terminée subitement sans aucun accord puisque les Etats-Unis ont refusé d'offrir un allègement des sanctions en contrepartie du démantèlement du complexe nucléaire de Yongbyon par la Corée du Nord, perçu par les Etats-Unis comme une étape mineure du processus de dénucléarisation.

«Ce que vous pouvez espérer est un accord provisoire comprenant des étapes et c'est mieux que ce qui était sur la table à Hanoï, à la fois pour la Corée du Nord et les Etats-Unis», a dit Yun, appelant sa proposition «Hanoï plus alpha».

L'ancien diplomate a estimé que le Nord devrait être prêt à davantage de concessions. Au-delà de son site d'essais de missiles de Tongchang-ri et de celui de tests nucléaires de Punggye-ri qui étaient déjà sur la table des pourparlers, il devrait présenter une feuille de route comportant les étapes détaillées de sa dénucléarisation complète et renoncer à plusieurs armes nucléaires ou à certaines installations nucléaires en dehors de Yongbyon, a-t-il dit.

«D'abord, arriver à un accord provisoire puis avoir un troisième sommet, et ensuite passer à la prochaine étape, en particulier, pour mettre en œuvre l'accord conclu», a-t-il dit.

Du côté des Etats-Unis, cet accord provisoire pourrait comporter certains allègements de sanctions, par exemple l'autorisation des exportations de charbon ou du transfert de l'argent des travailleurs nord-coréens à l'étranger, a expliqué Yun.

«En outre, je pense que les deux côtés étaient en passe de tomber d'accord sur quelques autres points, y compris la déclaration de la fin de la guerre», a-t-il dit en faisant référence à une déclaration politique stipulant officiellement la fin de la guerre de Corée (1950-1953) qui s'est terminée par un armistice et non par un traité de paix.

«Ils pourraient aussi s'accorder sur les bureaux de liaison pour les échanges diplomatiques», a-t-il poursuivi. «Je voudrais dire que c'est un bon package qui pourrait former un accord provisoire, je crois. Cela pourrait ensuite conduire à un troisième sommet.»

La dernière série de négociations entre Washington et Pyongyang a eu lieu le 5 octobre à Stockholm, en Suède, après plusieurs mois de silence depuis la rupture du sommet de Hanoï.

Néanmoins, la Corée du Nord a rompu ces pourparlers en reprochant aux Etats-Unis d'avoir échoué à lui présenter une nouvelle proposition acceptable.

L'expert de la question nucléaire a évalué que le régime nord-coréen a commis deux erreurs dans les négociations. Le test d'un nouveau missile mer-sol balistique stratégique (MSBS) un jour avant la réunion et le fait de penser que la position de Washington pourrait être adoucie suite à l'éviction du conseiller américain à la sécurité nationale John Bolton.

Cependant, même s'il semble improbable que les deux parties se rencontrent bientôt, les deux dirigeants souhaitent reprendre les négociations, a estimé Yun. Une fois que les pourparlers auront repris avant la fin de l'année, soit la date butoir donnée par Pyongyang, le climat de haute tension qui a caractérisé les relations Etats-Unis-Corée du Nord il y a deux ans ne devrait pas s'installer de nouveau.

«Je crois que les deux leaders pourraient se rencontrer dans les six mois à venir», a dit Yun. «Trump souhaiterait rencontrer Kim et parvenir à un accord avant les élections présidentielles américaines l'année prochaine. Kim a demandé aux Etats-Unis de présenter une nouvelle méthode de calcul d'ici la fin de l'année. Ainsi, je pense que si les groupes de travail des deux parties débutent leur discussions à la fin de l'année, ils auront suffisamment de temps pour apporter un changement».

Pour autant, Yun a déclaré que comme Bolton, il ne pensait pas que le Nord se dénucléariserait dans un avenir proche.

«La différence entre moi et Bolton est que Bolton pense devoir recourir à la force. Je ne pense pas que cela marchera», a-t-il dit. «Je pense que cela peut probablement déclencher une action militaire, une hostilité avec des conséquences désastreuses. De ce fait, je suis convaincu que l'objectif final doit être la dénucléarisation complète, et cela doit se faire étape par étape.»

Le processus pourrait nécessiter plusieurs décennies, a-t-il noté, «mais il n'existe aucune autre option».

A propos de la politique de l'administration Trump en Asie de l'Est, l'ancien diplomate s'est montré critique vis-à-vis du manque d'action des Etats-Unis pour empêcher la récente escalade de tensions entre la Corée du Sud et le Japon.

Et il a jugé que demander une augmentation considérable de la contribution de Séoul pour le partage des coûts de la défense était une «grosse erreur» de la part de Washington.

«Je pense que c'était une grosse erreur de la part de Trump de voir la question du stationnement des troupes américaines en Corée du Sud comme une question d'argent», a dit Yun. «A mon avis, c'est plus que cela... La présence des Etats-Unis est stratégique, et c'est un immense intérêt pour les Etats-Unis en tenant compte de ce que nous faisons en Asie, vis-à-vis de la Chine, et bien entendu, face à la menace de la Corée du Nord. Je pense ainsi que c'est une grosse erreur, et cela donne lieu à une détérioration des relations entre les Etats-Unis et la Corée du Sud, et ce n'est pas bon.»

eloise@yna.co.kr

(FIN)

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