Go to Contents Go to Navigation

Secrétaire d'Etat Cédric O : «La Corée a réussi à faire émerger des champions du numérique»

Science/Tech 05.11.2019 à 15h39
Le secrétaire d'Etat chargé du Numérique auprès du ministre de l'Economie et des Finances et du ministre de l'Action et des Comptes publics de la France, Cédric O, parle à la presse coréenne à la résidence de France à Séoul, le mardi 5 novembre 2019.
Cédric O, secrétaire d'Etat chargé du Numérique de la France, lors d'une rencontre avec des journalistes locaux à la résidence de France à Séoul, le mardi 5 novembre 2019.
Le secrétaire d'Etat chargé du Numérique de la France, Cédric O (à g.), et l'ambassadeur de France en Corée du Sud, Philippe Lefort, dans le salon Jaune de la résidence de France à Séoul, le mardi 5 novembre 2019.
Le secrétaire d'Etat chargé du Numérique de la France, Cédric O, et la ministre des PME et des Start-up, Park Young-sun, lors de leur rencontre au complexe gouvernemental à Séoul dans l'après-midi du mardi 5 novembre 2019.

SEOUL, 05 nov. (Yonhap) -- Secrétaire d'Etat chargé du Numérique auprès du ministre de l'Economie et des Finances et du ministre de l'Action et des Comptes publics de la France depuis le 31 mars dernier, Cédric O effectue actuellement une visite en Corée du Sud (4-8 novembre), sa première en tant que membre du gouvernement français. Il s'est exprimé ce mardi matin devant la presse locale, à la résidence de France à Séoul, sur des sujets concernant son domaine mais pas seulement.

Le voyage du jeune secrétaire d'Etat (36 ans) vise à renforcer les liens bilatéraux en approfondissant les relations dans le domaine de l'innovation mais «les raisons de ma présence ici vont au-delà du numérique puisque je suis porteur d'une lettre du président (Emmanuel) Macron pour le président Moon (Jae-in) qui fait suite à la visite en France (du second) en octobre dernier (2018) et qui est préparatoire à la prochaine visite du président Macron (en Corée)», a-t-il expliqué.

«D'un point de vue français, il y a des projets de partenariat entre les start-up [...]. Notre objectif, c'est de faire en sorte qu'il y ait plus d'investissements coréens en France et plus d'investissements français en Corée, plus d'échanges entre les deux pays», a-t-il développé.

A propos des thèmes qui seront abordés lors de ses rendez-vous à Séoul, il a dit : «Nous aurons également des discussions sur les grands sujets mutuels de la relation franco-coréenne, les accords de libre-échange, les discussions en cours sur l'agriculture, notamment le bœuf. Nous aurons des échanges sur des sujets technologiques particuliers dans lesquels il nous semble qu'un partenariat entre la France et la Corée pourrait faire sens. Je pense à la 5G, aux batteries, aux microprocesseurs. Dans l'intelligence artificielle, l'espace, l'aéronautique, la France a aussi des choses à apporter à la Corée. On peut créer des conditions de partenariat stratégique encore plus forts.»

«Je suis venu aussi pour soutenir l'écosystème local de la French Tech puisqu'il y a aussi des entrepreneurs français et franco-coréens qui sont en Corée dans le numérique, qui tiendront le 27 novembre prochain, à l'occasion de la K-Startup Week, la (Korea/France) Tech4Good Summit de la French Tech Seoul. On a des liens à bâtir. On veut de la France qu'elle devienne la première économie numérique d'Europe et c'est très important de leur faire avec des partenaires internationaux.»

Suite à une question de Yonhap, il a présenté sa mission articulée autour de trois priorités : «Premier objectif, faire grossir l'écosystème français. C'est une question d'avenir technologique et de compétitivité de la France. Nous sommes dans une révolution industrielle et, comme dans toute révolution industrielle, il y aura des gagnants et des perdants. Ce que l'histoire mondiale a montré, c'est que les nations qui n'ont pas été à la hauteur des révolutions industrielles ont ensuite été dominées par les autres pays. [...] Si l'Europe, et la France en particulier, veut être une puissance qui compte, elle doit réussir la révolution industrielle en cours.»

«Deuxième sujet, il y a aujourd'hui 13 millions de Français qui n'utilisent quasiment pas Internet. Donc, je dois m'occuper aussi de l'autre bout de la chaîne, faire en sorte que cette révolution concerne tout le monde. C'est la lutte contre la "fracture numérique" qui est un élément constitutif de la "fracture sociale". On ne peut pas réussir la transformation numérique si un Français sur cinq n'est pas à bord de cette transformation», a-t-il poursuivi.

«Ma troisième priorité, c'est l'adaptation des cadres légaux à l'heure du numérique, et particulièrement dans la réglementation des grandes plates-formes, car nous voyons l'émergence d'entreprises dont la taille, la complexité technologique et juridique étaient inconnues jusqu'ici, qui sont à mon avis des défis pour l'existence même de la puissance publique. Il y a le défi des Gafa (Google, Apple, Facebook et Amazon) qui sont dans un monde où il n'y pas de place pour le numéro deux. En Europe, il n'y qu'un seul moteur de recherche, une seule messagerie, un seul réseau social. Facebook, c'est aujourd'hui 1,4 milliard d'utilisateurs, 40 millions de Français sur 65 millions. Le bon niveau pour réguler ces acteurs, c'est le niveau européen.»

Cédric O a noté qu'il y a eu une émergence d'acteurs économiques dont la taille et la complexité étaient inconnues jusqu'ici. Donc, selon lui, ces acteurs économiques doivent se voir appliquer une régulation spécifique. «Nous considérons aujourd'hui que certains de ces acteurs sont devenus des briques de base de notre économie et de notre démocratie. Ils sont systémiques en quelque sorte. Comme à une époque on a appliqué à des banques systémiques une régulation et une supervision particulières, on doit appliquer de la même manière à des acteurs qui sont systémiques une régulation et une supervision particulières», a-t-il ajouté.

Pour aller dans ce sens, il préconise plus précisément des obligations particulières en termes de lutte antitrust pour en faire sorte que ne puisse plus avoir lieu un certain nombre de «killer acquisitions», ainsi qu'une approche au niveau de l'interopérabilité des données. «On peut considérer que certaines données ou certains services sont des services essentiels de l'économie qui doivent par défaut être ouverts à la compétition. Cela peut être dans d'autres domaines des régulations spécifiques dans la lutte contre la haine en ligne [...] et les fake news.»

De manière plus globale, le secrétaire d'Etat a tenu à rappeler que, ces derniers temps, la France a fait beaucoup de réformes qui visent à transformer son économie pour en faire une économie de l'innovation : la réforme du marché du travail, la baisse de la fiscalité sur le capital, la réforme de l'assurance-chômage, etc. «C'est la raison de l'ensemble de l'action qui est menée par le gouvernement et le président de République dans le domaine de l'innovation. Cela va de la stratégie nationale pour l'intelligence artificielle à tout ce que nous faisons pour les start-up.»

Il a souligné que «dans la manière dont le monde va et dans la compétition technologique internationale, être capable de faire émerger un écosystème d'entreprises numériques de niveau international est indispensable pour garder notre compétitivité, nos emplois et notre souveraineté». «En matière de numérique, il y a un certain nombre de pays qui comptent et la Corée en fait partie.»

«La Corée a réussi à faire émerger dans le domaine du numérique des champions comme Samsung évidemment qui est une des rares entreprises à pouvoir tenir tête aux entreprises chinoises et américaines au niveau international, comme Naver [...] et dans certaines technologies comme la 5G, les batteries, les microprocesseurs.»

La France et la Corée partagent des défis communs, a-t-il observé. Ce sont deux pays de taille moyenne, très attachés à la souveraineté, qui doivent trouver leur chemin dans la compétition mondiale, qui ont des entreprises qui ont fait leur prospérité mais qui sont aujourd'hui mis sous pression par la compétition internationale. «Ces deux pays doivent réussir leur transition numérique en transformant leurs grandes entreprises et en faisant émerger un nouveau tissu de champions, notamment dans le numérique», a-t-il recommandé.

Pour conclure, il a fait remarquer que, dans ces défis communs avec des caractéristiques communes, il y avait beaucoup de choses à faire entre la France et la Corée. «La France et la Corée sont les 5e et 11e puissances mondiales. Le niveau d'échanges est intéressant, mais nous pouvons aller plus loin. [...] Je suis là pour aborder des sujets stratégiques et pour faire en sorte qu'on puisse développer les échanges entre la France et la Corée, bien sûr dans le domaine du numérique mais aussi dans les autres secteurs économiques comme l'aérospatial, le luxe, l'agriculture pour ouvrir de nouvelles options.»

Cédric O a été directeur adjoint de la campagne présidentielle de François Hollande en 2012 et conseiller auprès du ministre de l'Economie et des Finances pendant les deux années suivantes. Après avoir travaillé dans le secteur privé (groupe aéronautique Safran), il a participé en 2016 au lancement du mouvement politique En Marche !, aujourd'hui La République en marche (LREM), dont il a été le premier trésorier et est membre du bureau exécutif. De 2017 à 2019, il a servi de conseiller au président Emmanuel Macron puis au Premier ministre Edouard Philippe.

Né d'une mère française et d'un père coréen, il a grandi dans la région de Lyon et est diplômé de HEC Paris. «J'ai été élevé en France. Je suis Français. Mais, évidemment, j'ai une sensibilité particulière pour la Corée», a-t-il confié. Il est le frère de Delphine O, suppléante de Mounir Mahjoubi, député de la 16e circonscription de Paris pour LREM et ex-secrétaire d'Etat au numérique.

Le programme du séjour du secrétaire d'Etat comporte une réunion avec le maire de Séoul, Park Won-soon, avec qui il parlera des relations entre la capitale coréenne et la France, des smarts cities, de la jeunesse et du climat. Il comprend aussi des entretiens avec la ministre des PME et des Start-up, Park Young-sun, le vice-ministre de la Science et des TIC, Min Won-ki, et des responsables d'agences concernées par le numérique.

Il rencontrera également des acteurs économiques français et de la Communauté French Tech ainsi que des dirigeants de plusieurs grandes sociétés et institutions financières, dont LG Chem, Samsung Electronics, Naver, Hyundai Motor et Korea Investment Corp.

Xavier Baldeyrou

(FIN)

Accueil Haut de page