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(FOCUS) Séoul décide d'opérations «indépendantes» dans le détroit d'Ormuz pour ménager Washington et Téhéran

Gros plans 21.01.2020 à 15h49

SEOUL, 21 jan. (Yonhap) -- La décision de la Corée du Sud d'envoyer des troupes dans le détroit d'Ormuz pour des opérations navales «indépendantes» reflète son désir de cimenter la coopération avec les Etats-Unis tout en évitant de rompre les liens avec l'Iran, un partenaire commercial important, ont indiqué ce mardi des analystes.

Suite à des délibérations menées pendant plusieurs mois qui ont opposé la coopération en matière de sécurité avec Washington aux relations économiques avec Téhéran, Séoul a annoncé l'élargissement temporaire des zones d'opération de son unité anti-piraterie Cheonghae afin de couvrir le passage maritime au large de l'Iran.

L'unité navale, actuellement stationnée dans le golfe d'Aden, fonctionnera indépendamment de l'International Maritime Security Construct (IMSC), une coalition militaire dirigée par les Etats-Unis pour protéger la liberté de navigation dans les voies navigables, bien qu'elle puisse coopérer avec la coalition si nécessaire. Deux officiers de liaison sud-coréens seront envoyés à l'IMSC.

La coalition multinationale a été lancée en septembre dans le cadre d'une initiative américaine visant à protéger le détroit d'Ormuz, qui est également stratégiquement vital pour la Corée du Sud étant donné qu'elle héberge des voies de navigation clés pour plus de 70% de ses importations de pétrole.

Cette photo d'archives prise le 13 décembre 2019 montre des membres de l'unité anti-piraterie de Cheonghae en Corée du Sud se livrant à un exercice dans les eaux au large de l'île de Geoje, située au sud-est de la péninsule.

Avec l'aggravation des tensions avec la république islamique, Washington a intensifié la pression sur ses alliés pour qu'ils contribuent à sa volonté de protéger ce qu'il considère comme un bien commun mondial au Moyen-Orient. Le Japon a décidé d'envoyer un destroyer et deux avions de patrouille P-3C dans le détroit de sa propre initiative.

«La décision de Séoul est évidemment intervenue alors qu'elle cherchait un équilibre délicat entre les Etats-Unis et l'Iran», a déclaré Nam Chang-hee, professeur de politique internationale à l'université Inha.

«Les opérations indépendantes dans le détroit ne provoqueront pas trop l'Iran, alors que la décision a souligné la considération que Séoul voue à la contribution au partenariat de sécurité de longue date avec les Etats-Unis», a-t-il ajouté.

Un facteur clé dans la décision de déploiement de Séoul semble être les appels répétés de Washington à des investissements dans l'alliance à un moment où les deux parties cherchent à se coordonner étroitement pour ramener la Corée du Nord à la table des négociations.

En particulier, la Corée du Sud a tenu à souligner son rôle croissant en matière de sécurité au-delà de la péninsule. Cette initiative s'inscrit dans le cadre d'efforts visant à réduire la pression de Washington pour une augmentation considérable de la part que Séoul devra verser pour l'entretien des 28.500 soldats américains sur son sol.

«Il est juste de dire que le déploiement était une décision stratégique à la lumière de l'esprit de l'alliance en évolution et en ce qui concerne les négociations en cours sur les contributions financières de Séoul pour le stationnement des troupes américaines en Corée», a affirmé Kim Yeol-soo, analyste en matière de sécurité.

Le plan de déploiement de Séoul arrive également alors qu'il s'efforce d'obtenir la coopération de Washington pour renforcer la coopération intercoréenne à travers des projets tels que l'organisation de visites individuelles au Nord, qui, selon certains observateurs, pourraient enfreindre les sanctions anti-Pyongyang.

Les responsables américains ont souligné que de tels projets devraient se dérouler «dans la foulée» des progrès de dénucléarisation du Nord, un signe que Washington est contre toute initiative visant à affaiblir le régime de sanctions actuel, considéré comme un facteur clé de changement dans le comportement du Nord.

L'examen de Séoul sur l'envoi de troupes s'est accéléré à la suite d'une recrudescence de tensions dans les eaux au large de l'Iran provoquée par le meurtre d'un général iranien de premier plan par les Etats-Unis puis les frappes de représailles de Téhéran qui ont eu lieu plus tôt ce mois-ci.

L'instabilité croissante au Moyen-Orient a renforcé l'opinion sud-coréenne en faveur d'un envoi de troupes pour protéger les pétroliers et ressortissants coréens dans la région, mais aussi pour contribuer aux opérations de sécurité maritime des Etats-Unis.

Les responsables sud-coréens se sont cependant visiblement heurtés à une question plus délicate : que se passerait-il si le déploiement aggravait sérieusement les liens avec l'Iran et exaspérait les milices soutenues par Téhéran qui pourraient potentiellement cibler des citoyens de la Corée du Sud, une grande alliée des Etats-Unis ?

Le nombre de ressortissants sud-coréens en Irak et en Iran est d'environ 1.600 et 290, respectivement. Il y a également 150 Sud-Coréens au Liban et 700 en Israël, selon des responsables du ministère des Affaires étrangères.

Pour assurer leur sécurité, Séoul a renforcé la diplomatie avec l'Iran et les pays voisins tout en mobilisant le personnel de l'ambassade pour exhorter les résidents sud-coréens au Moyen-Orient à rester prudents.

Des espoirs de désescalade sont également apparus après que les frappes de représailles de l'Iran suite à l'assassinat par les Etats-Unis de Qassem Soleimani se sont avérées soigneusement calibrées pour éviter toute guerre majeure avec l'armée la plus puissante du monde.

Un conflit armé iranien avec les Etats-Unis pourrait aggraver ses difficultés économiques et le sentiment public contre son régime, mais aussi miner la légitimité du pouvoir actuel à Téhéran, ont déclaré des observateurs.

as26@yna.co.kr

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