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(Interview Yonhap) La diffusion de tracts au Nord relève de la liberté d'expression, selon une responsable des droits humains de l'ONU

Interviews 23.06.2020 à 10h01

SEOUL, 23 juin (Yonhap) -- L'envoi de tracts en Corée du Nord par des transfuges est un exercice du droit à la liberté d'expression, a déclaré une responsable des droits de l'Homme des Nations unies, sur fond de menaces de Pyongyang de punir Séoul pour ne pas avoir empêché les lancements visant à critiquer le leader nord-coréen Kim Jong-un.

Signe Poulsen, directrice du bureau de Séoul du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme (HCDH), a formulé ces remarques alors que les tensions s'intensifient dans la péninsule coréenne après que le Nord a menacé de riposter contre le Sud en raison de ce qu'il a qualifié de «connivence» de Séoul face à l'envoi d'éléments de propagande anti-Pyongyang à l'aide de gros ballons.

Les lâchers de tracts sont depuis longtemps une source de tensions entre les deux Corées, car ils contiennent de vives critiques à l'encontre du régime autoritaire du Nord et de son dirigeant, ainsi que de la mauvaise situation des droits humains dans le pays.

«Il est très difficile de livrer des informations aux gens en Corée du Nord. Il y a des organisations qui essaient de joindre les Nord-Coréens en faisant voler des ballons, il y en a qui essaient d'obtenir des informations via les radios. Je pense que leurs intentions sont très authentiques», a-t-elle estimé lundi lors d'une interview donnée à l'agence de presse Yonhap.

«Je pense que les évadés qui sont eux-mêmes venus de Corée du Nord en savent plus que moi ou tout type d'experts de la Corée du Nord», a-t-elle déclaré.

Signe Poulsen, directrice du bureau de Séoul du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme (HCDH), prend la parole lors d'un entretien avec l'agence de presse Yonhap, le 22 juin 2020.

Le Nord a révélé son intention de considérer de nouveau le Sud comme un ennemi et d'envoyer ses propres tracts de propagande vers son voisin. Lundi, l'Agence centrale de presse nord-coréenne (KCNA) a annoncé qu'ils s'apprêtaient à lâcher environ 12 millions de tracts via quelque 3.000 ballons.

Poulsen a noté que la sécurité nationale peut être une raison de restreindre le droit à la liberté d'expression, mais elle a suggéré que, comme pour la distribution au Nord, la question est devenue trop politique.

«Il existe différentes restrictions auxquelles on peut imposer ce droit à la liberté d'expression de manière proportionnée et essentielle. Cela dit, je pense qu'il est important de se rappeler que ce ne sont pas les ballons qui constituent une menace pour la sécurité, c'est la réponse à leur apporter», a-t-elle mis en avant.

«Nous devons donc simplement garder tout ce contexte à l'esprit lorsque nous parlons de ballons qui constituent une menace pour la sécurité.»

Le gouvernement sud-coréen a cherché à légiférer sur l'interdiction de la distribution de tracts et a déposé une plainte pénale contre deux groupes de transfuges qui effectuent de tels lancements. Les autorités de la province du Gyeonggi, située près de la frontière avec le Nord et où se déroulent de nombreux lancers de prospectus, a rendu la semaine dernière un arrêté administratif interdisant l'entrée dans les zones frontalières pour faire voler des tracts.

Concernant la liberté d'expression, Poulsen a également évoqué le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, un traité multilatéral des Nations unies sur les droits civils et politiques fondamentaux que les deux Corées ont ratifié il y a des décennies.

«Ce que nous ne devons pas omettre dans cette discussion, c'est que la Corée du Sud et la Corée du Nord ont ratifié le Pacte relatif aux droits civils et politiques, qui garantit le droit à la liberté d'expression. Il garantit le droit de recevoir, de distribuer et de diffuser des informations par différents moyens au-delà des frontières.»

La Corée du Nord a ratifié le traité en 1981 et la Corée du Sud en 1990.

Le bureau à Séoul du HCDH a été créé il y a cinq ans aujourd'hui dans le cadre des efforts internationaux visant à mieux surveiller la situation des droits humains en Corée du Nord et à documenter les données et informations connexes.

Le bureau travaille sur la documentation des cas de victimes nord-coréennes de violations des droits humains et publiera un rapport lié en mars de l'année prochaine.

Malgré la montée des tensions, Poulsen a appelé à un «véritable dialogue» qui pourrait refléter les voix des transfuges nord-coréens en quête de liberté qui ont risqué leur vie pour échapper au régime communiste.

«Nous pourrions permettre aux acteurs de la société civile, ceux qui ont travaillé sur la Corée du Nord, les évadés, les acteurs gouvernementaux d'avoir un véritable dialogue, pour voir ce qui serait efficace en termes d'influence», a-t-elle ajouté. «Parce que je ne suis pas sûre qu'aucun de nous ait la réponse complète en ce moment.»

Signe Poulsen, directrice du bureau de Séoul du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme (HCDH), prend la parole lors d'un entretien avec l'agence de presse Yonhap, le 22 juin 2020.

as26@yna.co.kr

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