Go to Contents Go to Navigation

Notre site utilise des cookies et d'autres techniques pour offrir une meilleure qualité de service. En continuant à visiter le site, vous acceptez l'usage de ces techniques et notre politique. Voir en détail

(FOCUS) Biden devrait offrir une plus grande marge de manœuvre en matière de politique intercoréenne

Gros plans 08.11.2020 à 13h09
Le président élu des Etats-Unis, Joe Biden, s'exprime sur le résultat de l'élection présidentielle, le 6 novembre 2020, à Wilmington, dans l'Etat du Delaware où se trouve sa résidence personnelle. (AFP=Yonhap) (Revente et archivage interdits)

SEOUL, 08 nov. (Yonhap) -- L'élection de Joe Biden à la présidence des Etats-Unis pourrait offrir à la Corée du Sud une plus grande «marge de manœuvre» dans la gestion des affaires intercoréennes alors qu'il devrait respecter l'alliance et être davantage à l'écoute de Séoul sur les questions de la péninsule, ont prévu des experts.

Sa diplomatie «raisonnée» vis-à-vis de la Corée du Nord pourrait toutefois exacerber les tensions et manquer de produire une percée immédiate sur les négociations de dénucléarisation, ce qui pourrait, selon des experts, compliquer la tâche de Séoul pour poursuivre de nombreux projets transfrontaliers de coopération et de réconciliation.

Biden a promis de renforcer l'alliance avec ses alliés dont la Corée du Sud, vraisemblablement pour se démarquer du président Donald Trump qui a souvent bafoué les pays alliés en les décrivant comme des «free riders».

«Respecter l'alliance signifie tendre l'oreille aux opinions de l'allié sur des questions telles que les affaires intercoréennes, ce qu'on a rarement vu sous l'administration Trump», a fait remarquer Hong Min, chercheur de l'Institut coréen pour l'unification nationale (KINU).

«Si la Corée du Sud dit souhaiter améliorer les relations intercoréennes, Biden l'écoutera. Il pourrait aussi adopter une approche plus souple dans l'application des sanctions contre le Nord par rapport à l'administration Trump qui a tenté de maintenir des relations transfrontalières contrôlées par les sanctions», a-t-il ajouté.

Les relations intercoréennes sont tombées dans l'impasse avec tous les projets de coopération envisagés par Séoul, à l'arrêt depuis le sommet entre Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un en février 2019 à Hanoï qui s'est terminé sans accord.

Les relations se sont refroidies davantage récemment après que la Corée du Nord a fait exploser le bureau de liaison conjoint en juin en protestation contre l'envoi de prospectus anti-Pyongyang et tué un fonctionnaire sud-coréen près de la frontière maritime en mer Jaune en septembre.

La Corée du Sud a cherché à profiter du rapprochement durement obtenu à travers trois sommets intercoréens historiques en 2018 pour accroître les échanges transfrontaliers avec l'espoir de voir un climat de réconciliation et de paix favoriser les négociations de dénucléarisation.

Ces efforts se sont toutefois heurtés à la politique de Washington de maintenir les pressions et sanctions jusqu'à la dénucléarisation complète de Pyongyang. Actuellement, Séoul cherche à engager des échanges commerciaux de petite taille et à envoyer des aides humanitaires au Nord dans le cadre des efforts visant à ne pas violer les sanctions et relancer les relations intercoréennes actuellement dans l'impasse.

Des critiques ont estimé que l'approche du «haut vers le bas» de Trump pour traiter les affaires nord-coréennes a aussi mis la Corée du Sud à l'écart et laissé à Séoul peu d'options hormis celle d'attendre les résultats des négociations de dénucléarisation.

Biden devrait quant à lui adopter une approche du «bas vers le haut» impliquant des négociations de niveau opérationnel qui, selon des experts, pourrait fournir à Séoul davantage d'opportunités pour exprimer ses opinions à chaque étape des négociations de bas niveau sur les sanctions et d'autres questions cruciales pour faire de nouveau avancer les relations intercoréennes.

«Tout dépend de la manière dont Washington opèrera son régime de sanctions concernant les relations intercoréennes», a estimé Lim Eun-chul, professeur à l'Institut pour les études de l'Extrême-Orient de l'université de Kyungnam. «Sans progrès (dans les négociations de dénucléarisation), nous ne pouvons nous attendre à ce que Washington apaise ses sanctions contre Pyongyang dans un avenir proche.»

«Cela dit, l'approche du bas vers le haut de Biden pourrait nous donner une plus grande marge de manœuvre. Nous avons plus de chance de faire refléter nos voix qu'avant et Washington pourrait nous écouter dans le cadre des efforts visant à reconstruire la confiance avec nous», a-t-il ajouté.

Des inquiétudes persistent toutefois sur la possibilité de voir les tensions s'exacerber durant les premiers mois qui suivront l'investiture de Biden alors que Washington et Pyongyang pourraient se lancer dans un bras de fer avant la reprise des négociations nucléaires.

Washington pourrait accroître les pressions et sanctions dans ce processus, en forçant probablement la Corée du Sud à suspendre ou arrêter complètement ses projets de réconciliation avec la Corée du Nord.

Dans sa tribune préélectorale à l'agence de presse Yonhap, Biden a promis de «mener une diplomatie raisonnée» et de «continuer d'œuvrer pour une Corée du Nord dénucléarisée».

Biden a déclaré qu'il ne rencontrerait pas le dirigeant nord-coréen sans condition préalable et s'est engagé à poursuivre une diplomatie «raisonnée» vis-à-vis de Pyongyang. Il a appelé Kim «voyou» et «dictateur», critiquant Trump pour avoir donné une légitimité à Kim avec leurs sommets.

Le Nord n'a pas été aimable non plus avec Biden. Les médias nord-coréens l'ont décrit comme un «idiot à faible QI» et un «imbécile dépourvu de qualité élémentaire d'un être humain».

«L'allègement nécessaire des sanctions pourrait avoir lieu avec des progrès réels dans les discussions de dénucléarisation mais Kim n'offrira probablement rien de plus qu'une dénucléarisation cosmétique», a prévu Leif-Eric Easley, professeur à l'université Ewha à Séoul. «La prochaine mesure de Pyongyang pourrait être un test provocateur comme un «cadeau de bienvenue» à Biden avant de demander des avantages financiers pour réduire les tensions militaires.»

Les tensions autour de la péninsule coréenne pourraient ne pas devenir hors de contrôle cette fois-ci comme il y a quatre ans, selon des experts.

«Biden pourrait utiliser des mots fermes dans le cadre des tactiques de campagne, mais il pourrait ne pas continuer à critiquer le Nord aussi virulemment que Trump à l'époque où ce dernier est entré en fonction étant donné qu'il reconnaît l'importance de la question nord-coréenne», a noté Hong du KINU.

Lim de l'Institut pour les études de l'Extrême-Orient a de son côté souligné que la Corée du Nord n'a pas grand intérêt à voir une escalade prolongée des tensions au moment où il semble accorder sa priorité numéro un au développement économique.

«Kim semble être pragmatique. Il pourrait s'adapter à Biden indépendamment de ses relations personnelles avec lui. Quatre ans d'hostilités et d'isolement seraient très durs pour lui alors qu'il recherche un développement économique», a-t-il dit.

Reste à voir quelle direction Biden prendra dans sa politique vis-à-vis de la Corée du Nord.

Les experts restent divisés quant à la question de savoir s'il retournera à la «patience stratégique» de l'administration Obama, qui consiste à attendre tout en faisant pression sur Pyongyang, ou optera pour la politique de dialogue du gouvernement Clinton dans les années 90.

Les experts exhortent la Corée du Sud à mobiliser toute sa capacité diplomatique avant que la politique de Washington vis-à-vis de Pyongyang ne prenne forme pour convaincre Biden de dialoguer avec le Nord et de maintenir l'élan des échanges transfrontaliers et de la coopération.

«Nos efforts diplomatiques doivent se focaliser sur les moyens de persuader le gouvernement Biden de devenir une administration Clinton de troisième mandat», a souligné Kim Yong-hyun, professeur d'études nord-coréennes à l'université Dongguk.

(Photomontage)

lsr@yna.co.kr

(FIN)

Accueil Haut de page