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(Interview Yonhap) Plantu du Monde parle de «désapprendre l'intolérance» en Corée

Actualités 21.10.2022 à 17h21
Le dessinateur de la Une du journal Le Monde jusqu'en mars 2021, Plantu (Jean Plantureux), lors d'une interview accordée à l'agence Yonhap, le mercredi 19 octobre 2022, à l'hôtel Fraser Place Central à Séoul.
Le dessinateur de la Une du journal Le Monde jusqu'en mars 2021, Plantu (Jean Plantureux), lors d'une interview accordée à l'agence Yonhap, le mercredi 19 octobre 2022, à l'hôtel Fraser Place Central à Séoul.
Le dessinateur de la Une du journal Le Monde jusqu'en mars 2021, Plantu (Jean Plantureux), lors d'une interview accordée à l'agence Yonhap, le mercredi 19 octobre 2022, à l'hôtel Fraser Place Central à Séoul.
Un dessin du dessinateur Plantu sur l'avion Korean Air 007 abattu par des chasseurs soviétiques en 1983. (Capture d'image de l'appareil mobile de Plantu. Revente et archivage interdits)
«Yoon Suk-yeol Train»

SEOUL, 21 oct. (Yonhap) -- Le célèbre dessinateur du quotidien français Le Monde qui a pris sa retraite en mars 2021, Plantu (Jean Plantureux), est venu dans la capitale sud-coréenne pour son exposition et cinq conférences à Séoul, Incheon et Busan du 18 au 21 octobre. Il a souligné l'importance d'apprendre la notion d'intolérance dans une société moderne qui voit la montée des violences et d'encourager les questions dérangeantes dans la presse qui se trouve dans une «bataille que l'on n'a pas encore gagnée» pour l'expression de liberté.

A l'invitation de l'Alliance française de Séoul et de la fondation Jipyeong avec le soutien de l'ambassade de France en Corée du Sud, l'ancien dessinateur de la Une du journal Le Monde, est venu pour la première fois au pays du Matin-Calme comme il l'a dit dans une interview accordée le 19 octobre dernier à Séoul : «En Corée, c'est la première (visite). En Asie, plusieurs fois», en détaillant qu'il a fait une visite à Hiroshima, au Japon, la semaine dernière.

Interrogé sur sa perception de l'Asie et de la Corée du Sud, il a tout de suite indiqué le dessinateur des «Aventures de Tintin», Hergé, en notant que «quand je suis en Asie, je pense à l'occupation japonaise vue par Hergé, très intéressant, et puis je pense évidement au vase de lotus bleu avec Tintin dedans». Plantu a expliqué ses idées sur les pays qu'il visite : «Quand je pense à un pays, je pense à un dessin que j'ai fait sur le pays. C'est ça ma mémoire. Si je n'ai pas fait de dessin sur un sujet, il ne me reste pas grand chose malheureusement.»

Quant au dessin le plus marquant sur la Corée, Plantu a donné un exemple sur le crash de l'avion Korean Air (KAL 007) qui a été abattu par des chasseurs soviétiques en 1983 : «Cela m'avait beaucoup marqué. […] A l'époque, dès qu'on disait quelque chose qui critiquait la gauche en France, on disait ''arrête avec ton anticommunisme primaire'', alors là, ce sont des Soviétiques qui abattent un avion, donc j'ai fait le pilote qui dit ''tu m'ennuies avec ton anticommunisme primaire'' et parce que l'autre (copilote) lui dit ''qu'ils nous tirent dessus''.»

A une question sur la liberté d'expression et de la presse, il n'a pas hésité à dire que «la bataille n'est pas gagnée. Imaginez que peut-être un jour cela arrivera. Pour le moment, la bataille n'est pas gagnée. Elle est même plutôt l'intolérance qui s'installe partout dans tous les domaines», en faisant des remarques sur «la montée des violences et des incompréhensions, pas seulement dans la liberté d'expression dans les journaux mais aussi dans les films, le nombre de tueries que l'on voit bien, même si j'adore regarder les films.»

Le caricaturiste français, dont le métier était critique politique de la société française et internationale, cherchait également à rassembler des dessinateurs pour la paix sur le thème du «désapprentissage de l'intolérance» comme il l'indique lui-même : «En 2006, j'ai fait la première rencontre (colloque) avec le secrétaire général de l'ONU de l'époque, Kofi Annan. Le nom de la rencontre s'appelait désapprendre l'intolérance. On nous apprend l'intolérance chaque jour, réapprendre et désapprendre l'intolérance, qui nous est imposé de manières frontale et insidieuse.»

Pour ce qui est des controverses politiques actuels en Corée du Sud autour d'un dessin fait par un lycéen, qui a été récompensé à un festival local de bandes dessinés, satirique du président actuel, Yoon Suk-yeol, le présentant comme locomotive, Plantu qui a vu le dessin sur place a réagi : «La caricature de la locomotive, c'est un grand classique. Un lycéen qui arrive à faire un portrait parfait du président, moi j'irais faire une enquête. Parce que s'il l'a vraiment fait, c'est chapeau. Je ne parle pas du fond caustique. Je parle de la forme, c'est drôlement bien fait. Sur l'expression, c'est chapeau.»

En l'estimant comme une «articulation de concepts graphiques», il a indiqué que ce n'est pas du tout un plagiat, comparé à locomotive du dessinateur britannique du journal The Sun, Steve Bright. Il a même loué le talent de ce lycéen en disant que «la grande force de ce dessin, c'est la manière dont il a dessiné le président, ça c'est très intéressant. Il est même bienveillant, son visage. Le dessin est une critique mais son visage est bienveillant». «Si vraiment il a fait ce dessin là, il va faire l'étincelle plus tard.»

Cette affaire récente a créé des remous dans la société et la politique en Corée du Sud. Les conservateurs soutenant le président actuel n'ont cessé de cracher des gros mots par téléphone au lycée où il est inscrit, tandis que le ministère de la Culture a émis un avertissement sévère, considéré comme une sanction à l'institution qui a organisé le festival de BD ou manhwa en coréen. Des associations de dessinateurs et d'artistes ont virilement critiqué l'attitude du gouvernement.

Plantu finira son séjour d'une semaine en Corée du Sud avec une conférence ce vendredi à Busan, le lieu sacré du Festival international du film de Busan (BIFF). Il a également rencontré les élèves du lycée international Xavier à Séoul le 18 octobre dernier. Son exposition présentant 61 dessins sur le thème de l'environnement se poursuivra jusqu'au 3 novembre à la brasserie Jipyeong située dans le quartier de Songpa à Séoul et abritant aussi le restaurant Punju.

Propos recueillis par Jeong-hun Oh

(FIN)

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