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(Interview Yonhap) Mona Chollet : «Les femmes sont plus désavantagées que les hommes»

Interviews 06.11.2022 à 11h21

SEOUL, 06 nov. (Yonhap) -- Mona Chollet, journaliste au Monde diplomatique, essayiste et féministe engagée, est venue en Corée du Sud pour donner des conférences et des séances de dédicaces durant son séjour du 2 au 7 novembre. Elle a confié à l'agence Yonhap que les femmes sont toujours plus «désavantagées» que les hommes et qu'il reste encore beaucoup de choses à faire.

Dans une interview accordée le lendemain de son arrivée, l'auteure de «Sorcières : La puissance invaincue des femmes» (2018, Editions La Découverte) a répondu à une question sur la situation actuelle dans la société française vis-à-vis des sujets féministes : «Il y a eu un présentateur de télévision, Patrick Poivre d'Arvor de TF1, qui a été accusé par une dizaine de femmes. […] Il y a eu des accusations d'inceste contre Olivier Duhamel.»

Mona Chollet
Auteur de «Sorcières» à Séoul
Mona Chollet intervient lors d'une rencontre-dédicaces avec des lecteurs coréens à Sojeonseolim situé dans le quartier de Cheongdam, dans le sud de Séoul, le samedi 5 novembre 2022.

Elle a poursuivi en disant qu'«à chaque fois qu'il y a des accusations contre des hommes puissants qui ont été protégés pendant longtemps, ça remet la question du cœur du pouvoir culturel et français. Ce sont les affaires les plus marquantes» en ajoutant que «tout le monde veut vivre avec l'idée qu'ils vivent dans une société relativement pacifique où les gens sont en sécurité mais s'aperçoient que ce n'est pas le cas. La menace ne vient pas d'un inconnu, cela vient de gens les plus prestigieux, les plus proches».

«On n'est pas du tout armé pour affronter ce problème, c'est-à-dire la police est très mal formée pour recevoir les victimes, la justice est très réactionnaire souvent très conservatrice et il y a très peu de condamnations. Déjà on sait qu'il y a peu de plaintes», a indiqué Chollet.

Quant au paysage féministe en Corée du Sud, en particulier sur le débat lié au service militaire qui a créé un affrontement social sérieux et virulent entre le camp des jeunes activistes féminines et le groupe de jeunes hommes dans la vingtaine qui est devenu politiquement conservateur et a soutenu l'élection de l'actuel président Yoon Suk-yeol, l'écrivaine française a noté que «les femmes sont tellement plus désavantagées à plein de niveaux que les hommes, et le service militaire serait la seule chose que peuvent mettre les femmes en avant pour dire que les hommes sont aussi mal traités».

«Ce n'est pas bien à cet âge d'être dans des lieux uniquement masculins, la sociabilité uniquement masculine, parce que ça crée aussi une culture qui dénigre les femmes, qui ne prépare pas les jeunes hommes à vivre bien avec les femmes», a expliqué Chollet en ajoutant : «Cela encourage justement cette espèce de solidarité masculine qui se fait contre les femmes.»

En évoquant le vote récent en Suisse pour relever l'âge de la retraite des femmes au même âge que celui des hommes au nom de l'égalité entre les deux sexes, Chollet a dit que «c'est comme si vous décidiez que les femmes devraient faire le service militaire. Ça n'arrange personne. C'est une institution qui paraît un peu obsolète». Elle a montré l'une des preuves d'inégalité en France, «les femmes touchent 22% de moins que les hommes en France, selon les statistiques compilées en 2019.»

Concernant ses différents métiers entre le journalisme et l'écriture, elle a indiqué qu'elle va mettre fin à sa carrière de journaliste au Monde diplomatique bientôt : «Je n'arrivai plus à tout faire. J'ai dû faire deux ou trois travails à plein temps pendant quelques années, c'était épuisant, il fallait que j'arrête l'un des deux et j'avais envie de continuer à faire mon livre donc j'ai arrêté le journal.»

Elle a tout de même dit les deux métiers «se complétaient bien», «et puis, il y a un moment où je n'étais plus dans l'actualité, un moment où je n'étais plus dans mes sujets et je prenais plus de recul dans mes sujets, donc les deux étaient intéressants.» Sa visite en Corée du Sud est la première. Ses trois interventions sur deux campus universitaires et au Centre de langue de l'ambassade de France en Corée et ses trois rencontres et trois dédicaces ont vu la présence de nombreux lecteurs et lectrices passionnés avec une ambiance studieuse. En Corée, deux de ses livres ont été traduits : «Sorcières : La puissance invaincue des femmes» (2021) et «Chez soi : Une odyssée de l'espace domestique» (2019) par deux différentes maisons d'édition locales.

Propos recueillis par Oh Jeong-hun

(FIN)

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